Baptiste Pizzinat excelle dans cette ligne de crête où l’intime devient matière poétique. Son écriture, précise et vibrante, parvient à faire surgir la psychogénéalogie au cœur du récit. Comment se transmettent nos peurs, nos obsessions, nos fidélités.
Comment la famille écrit en nous des histoires que nous devons apprendre à relire pour mieux nous en libérer. Le livre interroge avec une justesse rare le lien familial, cet héritage affectif autant que culturel, que l’on porte parfois comme une blessure et parfois comme un trésor.
C’est également un superbe livre-objet, pensé comme une extension physique du texte. La mise en page, les respirations visuelles avec les photos, les choix graphiques donnent au lecteur l’impression d’ouvrir non pas un simple ouvrage, mais un carnet intime, un territoire sensible où chaque phrase trouve son espace. Cette matérialité renforce la force émotionnelle du récit, comme si la forme elle-même devenait un hommage à cette grand-mère imparfaite mais fondatrice.
À travers de petites scènes d’une grande justesse, par exemple lorsqu’il décrit sa manière de parler du monde comme d’un endroit dont elle aurait été dépossédée ou la façon qu’elle avait de se tenir droite même quand ses idées l’étaient moins, Baptiste Pizzinat révèle une voix littéraire singulière, très politique, profondément humaine, et déjà l’une des plus prometteuses et des plus poétiques de sa génération.
"Mamie raciste" n’est pas un pamphlet, ni un règlement de comptes intra-familial, c’est un livre universel qui dépasse l’anecdote et l’entre-soi, c’est une déclaration d’amour "intranquille", un miroir tendu à nos propres héritages, à ce que nous recevons malgré nous et que nous devons transformer. Un livre rare, audacieux, nécessaire. Une vraie claque poétique. A lire absolument.
Mamie raciste, Editions le Castor Astral, Baptiste Pizzinat
