Interview de Christian Fanelli, artiste peintre discret et plein de talent

Interview de Christian Fanelli, artiste peintre discret et plein de talent

Si vous venez dans le Médoc, vous ne pouvez pas rater cet artiste complet qui sillonne les lieux d’exposition depuis plus de trois décennies. Il a l’œil exercé, les carrelets, les paysages typiques de l’estuaire et dans les terres, les forêts n’ont plus de secret pour lui. Il aime les femmes et en posant pour lui, elles le lui rendent bien. J’ai rencontré Christian à demeure. Lui qui en principe n’est pas très bavard s’est confié à moi en toute confiance. Je vous invite à découvrir cet homme attachant à la palette riche et expressive.

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J’ai croisé à deux reprises cette année Christian lors de deux expositions très différentes par les lieux et les ambiances. La vie de château pour la première et la seconde, une association de Saint-Vivien qui se veut culturelle et a pris le blaze d’un grand musée parisien aux tuyaux en réfection. Tout de suite, on a sympathisé, le courant est passé avec Christian. Au château ce fut l’accord parfait. En revanche à Saint Vivien, l’orchestre de la discorde a raisonné. Tout d’abord, un escogriffe a sorti ses griffes et m’est tombé sur le carreau voulant m’interdire de photographier l’expo collective. Vous me connaissez j’ai passé outre. Puis, j’ai appris par Christian que le sieur qui n’avait même pas daigné inviter un journaliste local lui a demandé s’il pouvait disposer de mes photos. Pire encore, cette association loi 1901 a demandé 30 % sur les tableaux vendus par Christian. C’est du racket manifeste. Et enfin cerise sur le gâteux, chaque artiste présent fut appelé à parler de ses créations. Christian a pris la parole en toute spontanéité et a parlé d’une seule voix de son art. Une « artiste », je me permets d’utiliser des guillemets, car cette dame pédante munie d’un papier ânonnait la lecture d’un texte, à croire que ce n’était pas elle qui l’avait écrit et qu’elle jouait la comédie. La grande farce était à son comble au vu de ses œuvres toutes en couleurs criardes, pour attirer le regard des bobos incultes en mal de décorer leur salon et appâter les gogos. Ouf je reprends mon souffle et je me calme. La parole est à Christian Fanelli.

Le Mague : Bonjour Christian, peux-tu te présenter en quelques mots pour ma chronique « Gens du Médoc » ?
Christian Fanelli : Je suis artiste peintre, même si je n’aime pas trop cette appellation. Moi je dis plutôt : je barbouille.

Le Mague : Fanelli, c’est ton blase ou ton nom d’artiste ?
Christian Fanelli : C’est mon vrai nom que j’ai gardé. Ce n’est pas un pseudo.

Le Mague : En tout cas, il a des consonances ritales à la Cavana de l’autre côté de la Méditerranée. Comment te situes-tu entre les deux rives si culturellement diamétralement opposées ?
Christian Fanelli : Je dis souvent que je suis un italien du Médoc. J’adore cette région. Mes parents étaient italiens.

Le Mague : Mais punaise, ma parole, si je m’abuse Fanelli en italien, ça veut dire linotte. Mon petit doigt me souffle, on dit tête de linotte pour désigner une personne étourdie.
Christian Fanelli : Ah je ne savais pas. Tu m’auras appris quelque chose !

Le Mague : Venons-en aux choses sérieuses. Comment et pourquoi t’es-tu installé dans le Médoc ?
Christian Fanelli : Je suis né ici. Après mon service militaire, je suis parti sur Lyon. Je suis revenu en 1990 pour redécouvrir mon lieu de naissance. J’avais commencé la peinture à Lyon et je me suis dit, pourquoi pas continuer ici.

Le Mague : Mais alors, toi qui est installé ici dans ce trou du cul du monde, que t’inspire le Médoc et ses habitants ?
Christian Fanelli : Mon travail doit suffisamment parler, par ce que ça m’inspire beaucoup. A croire très certainement que je dois être très sensible à ces lieux. Quand je déambule, je sais où je vais. Ce n’est jamais gratuit. J’éprouve alors des sensations. Je vais aimer ou ne pas aimer. Si je suis ici, c’est indéniablement que j’aime ces contrées.

Le Mague : Certes, mais quels sont tes critères pour dire que tu aimes ou n’aimes pas tel ou tel paysage du Médoc ?
Christian Fanelli : J’aurais du mal à l’expliquer. Il faut que ça me fasse vibrer au fond de moi. Il faut que ça me touche, que ça m’émeuve. Il faut vraiment que je me sente transpercé par ce que je regarde. C’est comme ça que se produit l’inspiration.

Le Mague : Quelle est ta perception du Médoc profond et rural ?
Christian Fanelli : Je dois dire, je reste un peu étranger à ça. Je veux en quelque sorte m’en prémunir. Un exemple, j’ai toujours travaillé dans le libournais. Lorsque je leur disais que j’étais du Médoc, On me regardait un peu de travers.

Le Mague : Je comprends parfaitement, ce que tu exprimes. Comme les parisiens ou les bordelais à notre égard qui sont tout juste bons à passer leurs vacances chez nous, sans pour autant s’intéresser à notre mode de vie entre l’océan, le plus grand estuaire de France, les forêts et les vignes.
Christian Fanelli : Oui tout à fait c’est un sentiment péjoratif de leur part à notre égard. Moi j’essaie de rester neutre.

Le Mague : Tu es installé depuis 35 ans dans le Médoc. Comment ta perception de la région a-t-elle évolué au fil du temps ?
Christian Fanelli : Je la trouvais plus agréable à vivre avant. Il y a différentes expressions du progrès qui me chagrinent. J’aimais ce côté plus sauvage, il y 30 ans. Je suis toujours attaché à l’authenticité. Car à vouloir être conforme à l’évolution d’aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on y perd une partie de son âme. Beaucoup de choses deviennent superficielles, c’est le risque.

Le Mague : Venons-en au sujet qui nous intéresse. Le Christian artiste, le Christian barbouilleur pour rester raccord à tes propos précédents. Quelle est ta formation artistique ?
Christian Fanelli : Je suis, ce qu’on peut appeler un autodidacte. Je n’ai pas de formation académique ou autres écoles de peinture. Au départ, j’ai suivi des études techniques industrielles orientées vers le bâtiment, que je n’ai pas vraiment exercé. J’ai tout le temps peint. A Lyon, il existe toujours le marché de la création où tous les dimanches matin on pouvait exposer. Et c’est là que j’ai mis le pied à l’étrier. M’apercevant alors que ce que je créais ne passait pas inaperçu. Ce fut le déclic, je me suis dit pourquoi ne pas créer à mon tour.

Le Mague : Quelles sont tes principales techniques picturales d’expression ?
Christian Fanelli : J’aime beaucoup le dessin. Il y a aussi l’aquarelle à la Fanelli, comme ma marque de fabrique. Mais également l’acrylique, l’huile également. Donc un peu de tout, mais surtout l’aquarelle et l’acrylique. Pour être plus précis, par rapport à l’huile, je préfère un élément plus rapide à travailler et aussi moins contraignant. Et même au niveau de la gestuelle qui relève plus de la spontanéité.

Le Mague : Comment es-tu perçu en tant qu’artiste oh, pardon en tant que barbouilleur ?
Christian Fanelli : Je suis connu dans le Médoc. Je ne sais pas vraiment comment je suis perçu. Encore une fois je reste en retrait. Je ne m’avancerai pas sur ce sujet glissant.

Le Mague : Je te redonnais bien là, à toujours faire preuve de trop d’humilité.
Christian Fanelli : A tel point que je me demande parfois si les compliments qu’on peut m’adresser, sont sincères !

Le Mague : A ton avis, crois-tu que si je t’interviewe pour ma chronique « gens du Médoc, je suis sincère sur vis-à-vis de ton œuvre artistique ?
Christian Fanelli : Oui, si on me fait des compliments, je pense que c’est vrai. Je reste avant tout humble. Je préfère être comme je suis, vis-à-vis d’artistes qui ont un ego démesuré.

Le Mague : Certes ! Pour te provoquer et j’aime ça, histoire aussi de te sortir de tes gonds et tordre le cou une bonne fois à ce terme. Si je te dis que tu as du talent, qu’est-ce que tu me réponds ?
Christian Fanelli : C’est quoi au juste le talent ? Bonne question ! C’est à travers le travail, arriver spontanément à quelque chose d’abouti. Et simplement, que ça veuille dire quelque chose à la personne qui regarde. Qu’il y ait un déclic qui se produise. Ce n’est pas donné à tout le monde. A ce sujet, j’ai animé des ateliers. Effectivement, je reconnais qu’on peut transmettre des techniques, mais l’essentiel ne peut pas se transmettre. On n’est incapable de se l’expliquer. C’est cette espèce de bout qui est là, ce talent qui fera que ce tableau au milieu d’autres œuvres, il va accrocher pour ce petit plus.

Le Mague : quels sont les artistes qui t’ont inspiré pour devenir peintre ?
Christian Fanelli : J’aime surtout beaucoup les impressionnistes. J’aime le parcours de Picasso. Je pense aussi à Bernard Buffet, j’aime bien ses traits noirs. J’aime beaucoup Turner. Je n’ai pas à proprement parlé de maitre.

Le Mague : Il y a peu de temps tu avais installé ton atelier dans une galerie de la rue principale de Lesparre et depuis tu l’as déménagé chez toi à Gaillan. Comment es-tu visible désormais auprès du public qui apprécie ton œuvre ?
Christian Fanelli : C’est assez récent. Je n’ai pas encore communiqué cette information. Je veux créer une fresque sur le mur devant chez moi. Ça reste encore à l’état de projet dans mon esprit. Les personnes qui me connaissent ont gardé le contact par téléphone. Certes j’ai perdu la visibilité que j’avais à Lesparre. Mais c’est un état provisoire. D’ailleurs depuis début juillet j’ai déposé avec deux autres artistes (un photographe et sa compagne), quelques tableaux dans une galerie à Lesparre qui s’appelle « Partage ». C’est pour la période lors des mois à venir. Après on verra.

Le Mague : je t’ai croisé récemment à deux reprises dans deux lieux très différents où tu exposais tes œuvres. La première fois au château Chantelys, en étage au-dessus d’un chai sous les toits, dans un cadre rustique. Comment ça s’est passé, quel a été ton ressenti et quel bilan tu as établi ?
Christian Fanelli : Franchement le bilan est positif. J’avais déjà exposé en 2013, puis 2014. Ça s’était très bien passé. Ma compagne de l’époque avait posé. C’était donc une exposition sensuelle qui s’intitulait « Traits féminins ». Puis dernièrement en 2025, je suis revenu exposer dans ce lieu chaleureux avec un très bon accueil de la propriétaire.

Le Mague : En comparaison, la seconde fois, c’était dans un local, d’une association qui se veut culturelle à Saint-Vivien où vous étiez plusieurs artistes. J’ai donné mon écho pas du tout objectif dans l’intro de ton interview. Je voulais connaitre ton point de vue à toi l’artiste et quelle différence tu effectues entre exposer seul ou à plusieurs ?
Christian Fanelli : C’est très compliqué, avec le recul nécessaire, j’ai le plus souvent travaillé seul. A moins d’exposer à deux ou trois et qu’il ait une entente parfaite, ce qui n’est hélas pas toujours le cas. C’est ça qui est important. Donc je me protège et je préfère participer à des expositions tout seul. Car à plusieurs, il n’y pas toujours un échange sain entre les participants.

Le Mague : Autrefois il n’y a pas encore si longtemps, de leur vivant (snif), mes amis l’écrivain Eric Holder et sa compagne l’éditrice Delphine Montalant, proposaient des événements artistiques fraternels chez eux à Queyrac. Depuis, j’ose espérer que de tels lieux existent malgré tout dans le Médoc, véritable désert culturel, social et médical. Quand on est artiste médocain, où peut-on exposer régulièrement en été et à toutes les saisons ?
Christian Fanelli : Depuis que je suis là, ça s’est bien développé. Il en existe beaucoup dans des lieux différents. Il y a Vertheuil, je pense à un couple qui a acheté une vieille bâtisse qu’ils ont entièrement rénovée pour accueillir les artistes. Ça s’appelle « L’art en partage », ainsi que la galerie « Partage » à Lesparre dont J’ai déjà parlé. Dans les châteaux, c’est aussi récurent.

Le Mague : Dans le prolongement de ma précédente question : quels sont tes projets artistiques ?
Christian Fanelli : J’ai toujours fonctionné sans projet à proprement parlé. J’avais le projet d’aller à la Baule, seulement j’ai réfléchi trop longtemps et quand je me suis décidé à m’inscrire c’était trop tard. Ça sera éventuellement l’année prochaine. Ou un autre lieu pour m’extérioriser du Médoc. Avant je me cantonnais à Lesparre et depuis j’ai exposé à Montauban et d’autres endroits.

Le Mague : Si on veut te rencontrer et admirer tes œuvres, en quels lieux prochainement tu vas exposer ?
Christian Fanelli : Il y a un salon collectif à Montalivet « Rue Mont’Art » au mois d’aout où j’exposerai deux ou trois tableaux. Je le considère comme une manifestions sympa.

Le Mague : Ah oui j’ai repéré l’affiche. On dirait mon papa gogo le gorille vu de profil. En revanche, je ne comprends pas pourquoi cette manifestation s’appelle « sauvage ». Les gorilles sont végétariens et pacifiques, contrairement aux méchants chasseurs qui polluent le Médoc en plombant les animaux de la forêt et détruisant les pistes cyclables en roulant dessus. D’autant que ces temps-ci, ils ont bombé l’asphalte des routes et posé des affiches sauvages, là c’est le cas de le dire. Ils s’en sont pris à Agnès Panierarraché. Désolée pour mon aparté, c’était plus fort que moi. A part Monta, je crois qu’il y a aussi très prochainement une expo « Les arts au soleil » au Verdon.
Christian Fanelli : C’est exact le vernissage aura lieu le 24 juillet.

Le Mague : Pour finir et damner le pion à l’écrivain à la con, en vol plané avec le mouflet qui voulait qu’on lui dessine un mouton Tu accepterais de me tirer le portrait à moi Misdinguette la Singette et tu me vois comment ?
Christian Fanelli : (éclat de rire) Oui ça me plairait ! D’autant plus que je l’ai lu plusieurs fois « Le petit prince ».

Quelques liens pour retrouver en chair et en os Christian Fanelli dans le Médoc ces prochains temps :
Festival de Mont’Art, avec la présence de 29 artistes à Monta, du 9 au 17 août, vernissage le 9 août et la parade (Spectacle défilé chorégraphique et musical) le 10 août au soir, avec la participation prévue de Christian sur scène bien entouré. Que la fête commence !
https://www.ruemontart.fr/

Pour sa 17ème édition, « Les arts au Soleil » au Verdon du 24 juillet au 3 août, avec le vernissage le 24 juillet.
https://www.medoc-atlantique.com/sit/exposition-les-arts-au-soleil-7410078/

Galerie « Partage » 44 rue Jean-Jacques Rousseau à Lesparre

Enfin deux liens concernant Christian Fanelli :
Amstramgram : atelier_christian_ Fanelli
Face de Bouc : atelier Fanelli et atelier Fanell
Et par le truchement de cet article, ça va lui permettre de tout remettre au gout du jour !

le 13/07/2025
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