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La guerre des tétons aura t’elle lieu ?

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Nul doute que cet article ne laissera pas le lecteur de marbre ou qu’il aura des envies de mains baladeuses en le lisant. D’un côté nous avons les garçons, fidèles au balcon s’il y a du monde à son endroit, d’un autre les filles, toujours inquiètes au sujet de leurs nichons. Car il est grand temps de mettre les seins sur table. Gros et petits nénés doivent se regarder en face. Il y a une guerre des bonnets. A contre les D ou E. Il faut percer l’abcès, se libérer d’un poids qu’on l’on porte depuis trop longtemps sur les poumons.

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L’autre jour encore, tandis que je zappais lamentablement sur les chaînes du service public, j’ai pu observer, anéantie, une bataille de cette guerre des tétons. Le coup fut porté par Arthur, présentateur célèbre des " enfants de la télé ". Le goujat (comment le nommer autrement ?) asséna d’abord un " Quelle poitrine ! " admiratif à Michelle Bernier puis s’adressa à la plate Jane Birkin en ces termes : " Ne le prenez pas mal, Jane ! ". Les invités rient autour de la table. Les invités se penchent sur le sujet. Les regards plongent. On vérifie les rondeurs. Les femmes se prêtent au jeu, bien conscientes de ne pouvoir couper la poire en deux.

Elles sont habituées, les filles. A la puberté, elles guettent avec une attention sans faille le renflement particulier qui annonce leur futur passeport pour le royal câlin. C’est l’époque de tous les espoirs… et de tous les coups bas. Les retardataires (il ne s’agit que d’un retard pensent-elles alors, naïves) n’hésitent pas à user de stratagèmes faciles pour donner l’illusion. Elles achètent des brassières et elles mettent du coton. Une escroquerie utile en milieu urbain qui peut devenir beaucoup plus périlleuse en vacances à la mer. Ca c’est déjà vu. Ces oubliées de l’apparition mammaire prennent leur revanche pendant les cours de sport. Elles marquent des points. Les adversaires voudraient jeter leurs obus : elles ne le peuvent point ! Les tranchées se creusent. Le Fatum tragique s’impose : il n’y a rien à faire. Constitué de tissu graisseux et de glande, le sein ne se muscle pas. Rien ne parviendra à le faire grossir, diminuer ou s’arrondir, malgré tous les efforts désespérés des équipes motivées.

Certaines cherchent à cacher ce sein que l’on ne saurait voir, d’autres dépensent une fortune en Wonderbra. Telle est la loi dans ce monde où le téton est roi. Tandis que les unes se plaignent de constater que les hommes ne les regardent pas dans les yeux, les autres se font implanter des prothèses mammaires en gel de silicone. Les complexes sont dans les deux camps, dans les deux bataillons resserrés (mais bien moins solidaires qu’à l’époque des corsets), et les hommes sont fascinés. Ce sont les experts es seins qui repèrent en un clin d’œil la forme en poire, en pomme, en cerise ou en pastèque du décolleté.

Là encore, sur un autre terrain, se joue une bataille aussi ferme et galbée que le sein recherché. Les partisans de la qualité (tenue correcte exigée) contre ceux de la quantité (Flunch à volonté) s’affrontent. La partie est rude. Les uns ont le bras long mais les autres ont du poids : ils remportent la manche. C’est la gloire du gros nibard. Poussez-vous de devant petits tétons inconscients ! Planquez votre sensibilité ! Etonnez l’adversaire par votre fermeté ! L’étau se resserre et les baleines destinées au maintien se plantent dans les seins. Les perdantes se font huer par la foule, se font traiter de planche à pain. Elles se demanderont plus tard, dans les vestiaires, ce qui a bien pu se passer, mais pour l’instant elles sortent du stade, consternées, bannies de la société. Les gagnantes exultent, posent pour les photos. Les supporters pressent, pelotent dans une mêlée générale. C’est l’hystérie.

Il faut un miracle pour sauver les pauvres exclues du vestiaire. Un miracle formidable, un miracle essentiel : la grossesse. Ah la grossesse ! Une accalmie dans la bataille ! Une trêve annoncée au clairon ! C’est le bonheur des petits seins, l’égalité retrouvée avec leurs pairs, avec leur paire. Peu importe la forme et la taille de ce cône à base thoracique dont le sommet est le mamelon, les femmes auront du lait pour leurs enfants, toutes les femmes. On sonne l’Armistice. On range les canons. Il n’y a plus de guerre des tétons, on se demande simplement si ce sera une fille ou un garçon.

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> La guerre des tétons aura t’elle lieu ?

30/10/2006 &pm4Mon, 30 Oct 2006 16:06:06 +0100pm000Europe/Paris; 16:06

C’est un vaste sujet, en effet, qui n’a pas encore, à ma connaissance, retenu toute l’attention qu’il mérite.

J’observe, par exemple, que l’I.H.E.S.S. ne lui a consacré qu’un cours d’un trimestre en 1996 ; encore, ce cours était-il relégué dans un obscur local de sous-sol de la rue d’Assas qu’il devait partager avec un orchestre de jazz répétant pour la bande sonore d’ "A sang chaud pour les coiffeurs", (un remake d’"Ascenseur pour l’échafaud", qui à ce jour n’a toujours pas été distribué).

Si on fait l’historique de la question du sein, de l’appétence ou de la réluctance que sa taille et sa morphologie peuvent susciter, force est de constater que Pline l’Ancien, Diodore de Sicile et tant d’autres sont muets sur le sujet. On trouve les prémisses d’une problématique chez Isidore de Séville (1280) qui dans son"De Cujus Quibus Gallimardus" mentionne incidemment : "Semper impetrat nichonem ejaculando tantum ergo vobiscum ", ce que traduisit - à tort - Jean Hippolite par : "Or donc, d’un sein petit que faire, sinon l’enfouir ?", contresens évident ; je proposerais pour ma part le raccourci hardi : "Si tous les seins du monde se ressemblaient, diantre, quelle misère !".

Il faudra attendre 1604 et Jean de Compiègne, un proche de Pierre Fermat, sinon géographiquement, du moins par l’approche épistémologique, qui, échangeant avec ce dernier une volumineuse correspondance sur le sujet, aboutira à la fameuse classification qui est encore aujourd’hui en vigueur dans tous les traités de mamophilie dignes de ce nom. (Les dons généreux du chanteur Renaud ont récemment permis que cette classification soit, avec toutes ses ramifications, genres, classes et sous-classes, espèces, gravée, sinon dans le marbre, du moins dans l’écorce du séquoia pluri-centenaire du Jardin des Plantes, faisant ainsi un digne pendant aux travaux de Cuvier et de Linné, et donnant une assise tangible à cette science nouvelle)(Cf. Smithson and Smithson, About a Renaud’s gift to the french Jardin des Plantes Museum, Oxford University Press, 1999).

Mais les bases d’une classification ainsi posée, c’eût été mal connaître nos chercheurs en sciences sociales et philosophes que de penser qu’ils en resteraient à se prélasser sur ces lauriers, j’allais dire sur ce mol oreiller. En effet, il restait à mettre en connexion le gustus et le tactus avec les certitudes taxonomiques acquises de haute lutte qui faisaient la nouvelle fierté de nos universitaires.

Ce fut chose faite avec Bergson (1907) qui, dans sa leçon inaugurale au Collège de France, ne cherche aucun échappatoire à cette question adressée de façon récurrente, et pour ainsi dire lancinante, à tous les récipiendaires depuis plusieurs lustres déjà, et restée sans réponse. Il y déclare sans ambage que, n’eût-il aperçu un jour, "fortuitement, et comme qui dirait, par hasard" (sic),
le sein de sa future épouse dans les bains-douche de la piscine Lutétia -aujourd’hui disparue - et qu’il le jugea sur le champ "ferme, souple, rebondi à souhait et docile en tout point", il fût certainement resté célibataire. On juge de la perte immense dont la philosophie eùt dû faire son deuil. Oui, je le dis ici sans peur d’être contredit, c’est à ce sein robuste, échappé par mégarde d’une blouse facétieuse que nous devons "Les Deux Sources de la Morale et de la Religion" : sans les soirées tranquilles, libérées de toute préoccupation culinaire, et de toute macération libidineuse dont il leur est redevable, et qui ont permis au philosophe de tailler méticuleusement ses plumes d’oies, c’est un pan entier de son oeuvre qui n’aurait jamais vu le jour.

Bergson semblait donc avoir assis la réputation du sein plantureux de façon incontestable, lequel pouvait légitimement crier victoire. Mais le sein menu ne se tenait par pour battu, tant s’en faut, et sa revanche ne se fit attendre qu’un demi-siècle (un demi-siècle, qu’est-ce à l’échelle cosmogonique ?.) par la bouche d’ Emmanuelle Arsan qui fit, dans son roman éponyme (1968), d’un de ses personnages, Bee, une héroïne haute en couleur malgré un sein "à peine plus gros qu’une groseille à maquereau", lui insufflant un charme, une chaleur, une saveur que pouvaient envier ses congénères plus solidement battis. Bref, à poids moindre, une qualité de prestation supérieure ou égale.
Il n’en fallait pas moins pour relancer le débat de plus belle.

Alors, dodu ou famélique ? Têton pomme, têton poire, ou téton groseille ? J’ose prendre le risque de postuler ex cathedra que cette lutte fratricide n’est pas près de s’éteindre.
Pour notre plus grand bonheur.

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