Oh ! les filles qui s’aiment la petite mort dans le SM

Oh ! les filles qui s'aiment la petite mort dans le SM

Des femmes écrivent les plaisirs et les mots de la chair en petit format, style seize « contes cruels au féminin ». Wendy Delorme que l’on ne présente plus et Gala Fur, toutes deux héroïnes de l’écriture s’y entendent pour ameuter à la rescousse d’autres femmes attachantes pour des nouvelles d’éros au féminin qui peuvent fait mal, peu ou pas du tout ordinaires, actives et in / soumises dans la souffrance en transe et les plaisirs en variance. Les éditions de la Musardine toujours très coquines les accueillent tout naturellement à bras ouvert.

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Pas d’intro pour rentrer dans le corps de ce recueil de nouvelles, bonnes nouvelles. Seulement en quatrième de couverture sont citées les qualités des deux protagonistes. Wendy Delorme déjà chroniquée avec enthousiasme par mézigue pour son fameux Insurrection (éditions Au diable Vauvert) est toujours universitaire, écrivaine et performeuse. Gala Fur est une grande voyageuse dans les airs en avion au Brésil, cherchant les petites bêtes dans les pierres au Cambodge, créatrice d’un magazine de sport au Gabon, réalisatrice de courts métrages autour du SM. Elle est aussi écrivaine à la Musardine de deux romans : Les soirées de Gala et Séances ainsi que deux autres ouvrages dans la collection « Osez ».

Maryline Jaye Lewis ouvre les plaisirs avec son Dîner en ville. Une bourgette montée sur des talons de marque frime avec tout son bazar et se paye du bon temps avec un latino dans un quartier mâle femmé, avant de retrouver son mari et s’encanailler les artiches à jouer les pouliches de luxe. « Qu’il est mignon avec ses façons prolos un peu vulgaires. Je souris parce que j’aime tout en lui. Il me change de tout ce que je connais. Il ne tiendrait pas une minute dans un de nos dîners en ville ».

La patiente du docteur Goult de Gala Fur, joue sur plusieurs tableaux, la psychanalyse et les fantasmes SM au féminin. « Elvire connaissait Pascal Goult depuis longtemps. Cet homme grand et sportif était un amateur de gifles. En échange, il s’occupait de conserver la fraîcheur de sa peau ». Paname, 16 ème arrondissement, on passe le temps comme on peut coco !

Quand votre horoscope vous fait son cinoche en cinémascope, gare à la syncope ! Conjoncture céleste de Judy Minx prédit pour son héroïne « fem » de jouer à la poupée avec sa copine. «  Dans ces moments là, je sens son pouvoir sur moi impérieux. Je sais qu’elle sait que je sais qu’elle peut m’étrangler. J’ai toujours attaché plus d’importance à l’aspect Domination/soumission du BDSM, la douleur purement physique n’ayant d’intérêt pour moi que dans les jeux de pouvoir ».

L’été, une femme voit ses charmes s’étioler. «  Elle se défend bien encore. ( …) Elle tire ses dernières cartouches, en plaisante avec ses amies à l’heure du thé. Bientôt elle abdiquera. Mais elle sait le pouvoir des royaumes en déclin ». Et le plaisir de plaire dans les yeux d’un beau jeune homme timide vous en bouche un coin…. (Dis bonjour à la dame de Wendy Delorme)

Les Amours ambigus de Nadia Chibani s’écrivent en déclaration : « Je t’aime. Depuis si longtemps, et je ne sais comment te le dire. Tu étais presque irréel hier soir dans ta robe dos nu noire… si proche et si lointain. » Je t’aime moi non plus, c’est bien connu !

Le rouge et le teck d’un pont empourprent le nez au vent en Adriatique les désirs. « La fascination qu’il éprouvait à l’égard de la laque allait au-delà de l’acajou verni. Mon rouge à ongle et la nacre rosée de mes orteils l’attiraient autant que mes sandales ». Il est tellement de façon d prendre son pied ! (Le marin tchèque de Michèle Larue)

Emmaillotée de plastique, « Je suis l’aliment qu’elle sort du congélateur, exposé brutalement à un changement de température ». Bon appétit ! (Ecrase-moi de Claire Menichi).

L’amour à mort d’un homme pour une femme, « Je t’aime, tu dois mourir Marie. Et d’un coup de hachoir, ta tête qui roulera et boum boum badaboum ». (Et ton foie mon amour comme un petit doudou de Marie L.)

Y’en a qui commence avec un poil sur la langue, d’autres qui pensent que « le safer sex ça devrait commencer par une capote sur la langue. Et puis ça éviterait de raconter des conneries. Sauf que le préservatif ça résoudrait pas le problème des lapsus ». Tout dépend bien entendu au départ quel est l’Ordre du jour de Céline Robinet, toujours riche en rebondissements.

Le taille-crayon d’Octavie Delvaux est un petit bijou d’humour noir désir dans la verve de vive la sociale, avec un personnage féminin qui s’en laisse pas tailler le bout de gras par un DRH macho à gogo.

Frizzante O naturale de Léa Renoir invite à une visite de Florence sous enveloppe avec quelques allusions culturelles au cinoche, bof, désolée, je n’ai pas du tout accroché !

Helena de Angelis dans A toi disparate maîtresse femme s’adresse à son soumis. « J’attends ta chair et ton sang, au sens où nul ne pourra contester cette réalité mise en acte ».

Bridée par un collier d’animal, une femme en complicité absolue avec sa copine s’adonne à la mise en scène scénarisée du plaisir de souffrir, sans autres artifices que quelques accessoires des sévices. « De la valise à malices, je sors les pinces à vis, celles que tu aimes et redoutes, celles qui sont capables de te faire jouir sans un doigt, un gode ou une queue ». (Tu es à moi de Sixtine Labbé)

Avec Amour et soumission, on a même droit à un extrait du roman Breathe de Madison Young. C’est très certainement le texte le plus convenu dans le pur jus de la littérature SM. « J’essayais de prêter une attention constante aux désirs de Dave et Donna, car je savais que je pouvais toujours passer à côté de quelque chose. Je voulais être une soumise bien assaisonnée ». Manque d’épice pourtant !

Vous connaissez le jeu un, deux trois soleil ! Un, deux, trois…de Loui(e) de Ville c’est d’une toute autre chorégraphie qu’il s’agit. Deux filles qui assaillent une autre et la vautre dans leur page et ne foncent pas dans le mur mais se défoncent. « Propulsée hors de moi-même, pour faire place à cette sensation intense, je contemplais mon corps qui se faisait baiser par ces deux filles prenant d’assaut mes deux points sensibles simultanément. C’était un ballet de baise impromptue, leurs mains jouant les ballerines, mon bassin sur scène. A peine cinq minutes après mon arrivée dans cet appartement, je vivais ma première double pénétration ! »

L’apothéose de ce recueil, c’est bien L’amour de la nature de Teresa Noêlle Roberts, un titre en consonance à la Jack London en beaucoup plus crû et sensuel que ce cher Jack par trop coincé. Imaginez un nana pleine aux as qui achète un sacré bout de terrain, après avoir baisé avec une copine et extorqué tous les secrets de la vente sur l’oreiller. La nature, sous forme d’arbres féminins prédateurs, qui se réveille comme pour venger la défenseuse de la nature bafouée. « Pas une femme. Une créature. C’était une créature. Ses lèvres avaient un goût de pin, sa poigne était dure à faire mal, aussi forte que les racines de la montagne, et malgré tout cela, Lily était plus excitée que jamais. L’aine en feu, la mouille coulant entre ses cuisses. Elle se collait au corps brun, fin et souple mais aussi fort qu’un tronc d’arbre, et s’adonnait complètement au baiser ».

Merci à Wendy et Gala pour votre collecte de ces nouvelles qui ne m’ont pas du tout laissées indifférente, et merde à Gogo le Gorille, je vous chérie les filles. O ! les filles. O ! les filles qui se passent des mecs et les rendent marteau. Je les aime trop.

Wendy Delorme et Gala : In / soumises contes cruels au féminin, par Marylin Laye Lewis, Judy Minx, Nadia Chibani, Michèle Larue, Claire Ménichi, Marie L., Céline Robinet, Octavia Delvaux, Léa Renoir, Hélena de Angelis, Sixtine Labbé, Madison Yong, Loui(e) de Ville, Teresa Noêlle Roberts / éditions La Musardine, février 2010, 140 pages, 15 euros

Voir en ligne : Editions de la Musardine

le 11/07/2010
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