Diabète : Lilly cloue Sanofi au poteau !
Un nouvel antidiabétique développé par Amylin Pharmaceutical et Eli Lilly serait plus efficace que le Lantus de Sanofi-Aventis, selon une étude clinique publiée par les deux laboratoires américains. C’est un nouveau pavé dans la mare de la recherche sur les substituts d’insuline après la mise en cause du Lantus de Sanofi-Aventis le mois dernier, suspect d’être à l’origine de plusieurs types de cancer.
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Le nouveau médicament, une nouvelle forme du Byetta déjà développé, présente l’avantage de n’être injecté qu’une fois par semaine, mais doit encore recevoir le feu vert des autorités sanitaires américaines pour être commercialisé. L’étude comparative, diligentée par les laboratoires concepteurs, a été menée pendant 26 semaines sur 467 patients souffrant d’un diabète de type II, sa forme la plus répandue. Elle porte sur une mesure de la glycémie (A1C) pendant trois mois.
"À la fin de l’étude, les patients traités avec l’exenatide (Byetta) une fois par semaine, avaient une A1C de 6,8% alors contre 7% chez ceux traités au Lantus", indiquent les deux laboratoires dans leur communiqué. Par ailleurs, les malades soignés avec la molécule développée par les laboratoires américains ont perdu 2,6 Kg en moyenne en six mois alors que ceux qui ont reçu le Lantus ont plutôt pris 1,4 Kg.
Le Lantus est un médicament qui a dégagé un chiffre d’affaires de 2,45 milliards d’euros en 2008. Il est au centre d’une controverse depuis plusieurs semaines : quatre études ont conclu qu’il pourrait être une cause de surmortalité et de survenue de tumeurs cancérigènes. Ces travaux, réalisées auprès de 300.000 diabétiques en Europe, et diffusées par l’Association Européenne d’Études sur le Diabète (EASD), ne permettent en effet pas d’exclure un lien entre l’antidiabétique Lantus, produit par Sanofi-Aventis, et un risque accru de cancer.
Sur son site internet, l’EASD ajoute que ces études menées sur quatre bases de données en Allemagne, en Suède, en Ecosse et au Royaume-Uni sont cependant "loin de permettre de tirer une conclusion", mais "soulignent la nécessité de poursuivre les recherches sur la question". Les études ont porté sur 127.031 patients en Allemagne, 114.841 en Suède, 49.197 en Ecosse et 10.067 au Royaume-Uni. Sanofi-Aventis, dont le titre a perdu 12,3% deux jours après sa publication, a déclaré que rien ne permettait d’établir une relation de causalité entre l’utilisation du Lantus et l’apparition de tumeurs cancérigènes.
"Sanofi-Aventis vient d’être informé de données issues de quatre registres, fondées sur le suivi rétrospectif de patients diabétiques", a déclaré le groupe pharmaceutique dans un communiqué. "Les résultats de ces analyses ne permettent pas de conclure à une quelconque relation de causalité entre le traitement par Lantus (insuline glargine) et la survenue de tumeurs cancéreuses, ainsi que le soulignent les auteurs".
"Les études cliniques, qui constituent la référence méthodologique, n’ont pas démontré d’association entre l’insuline glargine et la survenue de cancer", a ajouté le numéro quatre mondial de la pharmacie. Il met en cause les registres, des bases de données collectant des données cliniques sur des patients atteints d’une même maladie. "Nous considérons que les résultats de ces registres ne sont pas concluants", a dit Sanofi-Aventis, rappelant que des données cliniques recueillies auprès de plus de 70.000 patients et des données de surveillance d’après commercialisation confirment la bonne tolérance du Lantus.
Le groupe déclare en outre qu’il continuera de surveiller rigoureusement la sécurité du Lantus en collaboration avec les autorités de santé et les experts scientifiques. Sanofi-Aventis compte beaucoup sur le Lantus, dont de nombreux analystes estiment qu’il pourrait représenter sa deuxième plus forte vente cette année, afin de compenser la perte de vitesse de ses autres médicaments phare, Plavix et Lovenox, concurrencés par les produits génériques. La plupart des analystes du secteur s’attendent à ce que Lantus dégage un chiffre d’affaires d’environ quatre milliards de dollars, soit 2,84 milliards d’euros cette année.
En lançant cette contre-attaque, Sanofi éclaircir les doutes sur son produit, en s’appuyant sur les déclarations d’un collège de 14 experts internationaux, estimant que ces études établissant un lien de causalité entre l’injection du Lantus et une éventuelle élévation du risque de cancer ne sont pas concluantes. Il est à présent l’objet de la concurrence de Amylin Pharmaceutical et Eli Lilly qui espèrent une mise rapide sur le marché de ce nouveau produit, plus récent et plus pratique.
Le diabète est devenu la quatrième ou cinquième cause de mortalité dans la plupart des pays développés. En France, cette maladie touche plus de 2,5 millions de personnes, soit 8% de la population, et elle est en augmentation de 5,7% par an. Le diabète est la conséquence d’une déficience du pancréas et se traite en général par des injections quotidiennes d’insuline. Le traitement du diabète représente désormais un énorme marché pour les laboratoires pharmaceutiques.
Avec AFP, Reuters et Le Revenu français.
