Dans une écriture efficace, simple mais jamais simpliste, l’auteur joue avec nous et pour nous dans la tendresse ou la espérance de son époque. Il disserte sur le monde, il raconte, il se moque de tout sans jamais s’épargner lui-même dans une radiographie généreuse et tout azimut. Agrati est un œil, une oreille et une voix sans complaisance qui se mord parfois la langue de rire ou de pleurer.
« Le chien a des choses à dire » est une allégorie à l’humour noir, rose ou gris comme les jours de pluie noyés, un camaïeu d’instants de vie plausibles ou irréels, peu importe car dans sa cosmogonie canine seuls la poétique et le bizarre triomphent comme un seul homme.
Double regard permanent de l’humain et du cleps, visions subjectives poétiques gracieuses et crasseuses de l’écrivain gouailleur qui réinvente le dialogue, ce livre est invention permanente qui ne s’apparente à aucun genre, qui ne fait partie d’aucune famille de la pensée.
Le binôme à six pattes se balade dans l’urbain, le malsain, le cruel, le pathétique et le grandiose avec une égale réussite, avec un bonheur communicatif.
Au final « Le chien a des choses à dire » s’avère bien plus littéraire que « Belle du Seigneur » dont un personnage se moque dans une des nouvelles, moins ras des pâquerettes et sortie du caniveau que tout œuvre à la mode, que toute production faussement tendance issue du Café de Flore et des alentours. On touche dans ce bouquin une sincérité et une justesse de l’image rarement atteintes dans une oeuvre actuelle.
Un travail sur les mots qui, en tout cas, déplaira sensiblement aux toutous de Panurge habitués aux œuvres formatées et attendues.
Jean-Marc Agrati nous emmène au « Paradizium Hôtel » de nos fantasmes sur papier, nous étonne, nous ravit et nous inquiète, nous captive et nous fait mourir de rire.
C’est bien la moindre des choses que l’on peut attendre d’un jeune auteur prometteur dont la dégaine, l’habilité stylistique et la nonchalance risquent fort bien de marquer de sa patte durablement notre paysage littéraire. On avait les crocs d’un renouveau et le voilà dans le texte. La pâté est bien servie et on redemande encore dans sa gamelle.
