Dans les années 1960 et 70, les idées doltoniennes qui ont profondément marqué l’histoire de la psychanalyse infantile étaient porteuses de sens nouveaux. Didier Pleux, psychoclinicien et psychothérapeute, souligne l’aspect « révolutionnaire » de la théorie doltonienne qui venait en quelque sorte remettre en question les rapports parents-enfants et bousculer les schèmes de pensée et de comportements à l’égard de l’éducation de l’enfant à une époque du formatage des esprits et des corps où ce dernier était réduit au statut d’objet et où la discipline s’acquérait notamment à coups de sanctions corporelles. C’était, en effet, la période où « les enfants étaient considérés comme des petits chiens qu’il fallait dresser… », explique Simone Gerber, pédiatre et psychothérapeute.
F. Dolto qui a participé avec J. M. E. Lacan à la création de l’école freudienne de Paris a également crée, en 1979, la première Maison verte, lieu d’accueil et d’écoute pour des enfants âgés de 0 à 3 ans, accompagnés d’adultes consacrant ainsi sa vie professionnelle à « la cause des enfants ». En effet, celle qui parlait au fœtus dans le ventre de sa mère souligne l’importance de la parole de l’adulte à l’égard du petit d’homme qu’elle concevait comme un être de désirs et par essence « communicant ». Car de son point de vue, ce dernier peut écouter, comprendre, être apaisé et rassuré par la parole qui peut jouer le rôle de « l’objet transitionnel » (doudou).
Et bien évidemment, en partant de ce postulat, le principe philosophique selon lequel « l’enfant est un être de parole et de pensée à part entière » trouve une intense résonance dans la pensée éducative de F. Dolto. « Il faut parler aux enfants, disait-elle. Il faut parler aux enfants dès qu’ils naissent. Il faut leur parler comme à des adultes. Il faut leur parler un langage articulé, il faut s’adresser à eux en partant de l’idée qu’ils nous comprennent, et qu’il vont faire quelque chose de ce qu’on leur dit ».
Et pour cette pédiatre qui accordait une place prépondérante à la parole dans le processus de construction de la personnalité de l’enfant, la communication par le biais de la parole était conçue comme l’instrument essentiel de l’autorité parentale. Ainsi, l’enfant n’était pas réduit à un simple « tube digestif ». Il émerge plutôt comme un sujet voire une personne humaine « dans son identité, son espace, son temps, ses lignées maternelle et paternelle… ».
Par ailleurs, elle recommandait aux parents d’avoir un « parler-vrai » aux enfants notamment lorsque ces derniers sont adoptés. Elle leur conseillait également de poursuivre leur vie d’adulte afin d’éviter de faire de l’enfant l’élément central de la famille.
Selon Claude Halmos, psychanalyste, le point central de la théorie de F. Dolto concerne le statut de l’enfant mais également les règles à poser afin de favoriser le développement de sa personnalité. Ainsi, explique-t-elle, « le message de F. Dolto était double. Et on oublie très souvent la deuxième partie de son propos. L’enfant est un être à part entière, un être en construction qui a besoin pour se construire de l’autorité des adultes, des limites qu’ils lui imposent ». Ainsi, à travers son message, « elle réaffirme le respect de l’enfant comme sujet à part entière. Mais elle l’assortit de la nécessité de poser des limites qui deviennent même une condition du bien-être de l’enfant ».
De son côté, le psychanalyste Jean-Pierre Winter qui définit F. Dolto comme une « théoricienne du renoncement » explique que « quand elle dit « mes maîtres sont les bébés », elle apprend d’eux. Elle est dans une position d’humilité, dans un rapport enseignant-enseigné et non dans un rapport maître-esclave ».
Malgré l’apport indéniable de la pensée de F. Dolto au champ de la psychanalyse de l’enfant et le regard novateur et singulier qu’elle porte sur le petit d’homme et les principes de son éducation, il semble néanmoins important de mettre en exergue les propos de Didier Pleux qui souligne l’un des aspects pervers du message de celle qui dès l’âge de huit ans voulait devenir « médecin d’éducation. Ainsi de son point de vue, F. Dolto « n’a jamais voulu que l’enfant devienne dominateur, tyrannique. Pourtant, à son insu, la conséquence de son message était la permissivité ».
L’écoute des besoins de l’enfant, l’échange, la confiance, le respect, la valorisation, le « sentiment de l’autre » sont autant d’aspects qui sont au centre du rapport parents-enfants préconisé par F. Dolto dont le souci premier était d’apporter une aide aux parents afin qu’ils puissent créer les conditions d’un « bon maternage » et élever leurs enfants dans le respect de leur personnalité. Son plus vif et ardent désir était non pas « de conduire l’enfant mais de lui apprendre à se conduire ».
Alors, parents et éducateurs/trices, dans vos moments de doute, d’incompréhension, de questionnement n’hésitez pas à (re)lire celle qui a marqué l’histoire de la psychanalyse infantile et qui en toute modestie affirmait « Entendez ce que je dis. Entendez d’autres personnes et puis faites comme vous l’entendez ». A la lumière de ces recommandations, à vous de concocter un menu éducatif adapté à la situation de votre enfant et de votre famille. Et devenez les artisan( e)s de l’éducation de vos petits princes et de vos petites princesses.
Quelques titres pour approfondir vos connaissances de l’oeuvre doltonienne :
Tout est langage, Editeur : Le Livre de Poche, Publication : 2/2/1989
Parler juste aux enfants", Editeur : Mercure De France, Collection : Le Petit Mercure, Parution : 22/10/2002
Dolto expliquée aux parents. Pour résoudre les problèmes de l’enfance (Poche) de Jean-Claude Liaudet (Auteur)
