La liberté de la presse en danger

La liberté de la presse en danger

Sale temps en Sarkozie. Deux photographes de l’AFP ont été épinglés mardi par des policiers lors d’une manifestation lycéenne à Lyon. Les syndicats réagissent.

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Lyon. Mardi 16 décembre. Cinquante lycéens manifestent dans le centre ville. Des journalistes font leur travail. Scènes normales dans un pays dit démocratique ? Pas tant que ça. « Dès le début, raconte Jean-Philippe Ksiazek à Olivier Bertrand de LibéLyon, des gradés nous ont dit qu’on ne pouvait pas faire de photos cette fois, que c’était interdit. J’ai montré une carte de presse et une policière a pris toute mon identité, très longuement, puis elle m’a dit de me tenir à l’écart car c’était interdit de photographier, pour des questions de droit à l’image des policiers. » Maintenant, ça se passerait comme ça...

Pendant ce temps, les événements suivent leur cours. Les lycéens bloquent une rue. Les CRS les chargent à coups de boucliers. Les manifestants tiennent tête aux forces de l’ordre sur la place Bellecour où sont garés dix camions de CRS. Une lycéenne balance un œuf sur un policier. Réplique immédiate à coups de matraques et de tonfas. Des jeunes se font interpeller.

Comme tous journalistes normalement constitués, munis de leur brassard « presse », Jean-Philippe Ksiazek et son collègue Frédéric Dufour prennent des photos. Un policier intervient subitement en faisant une clef de bras au premier pendant que le second se retrouvait bloqué contre un mur, une matraque dans le cou et une sur la poitrine... « Ils voulaient m’emmener au poste, comme si j’avais braqué une banque, explique Jean-Philippe Ksiazek dans Rue89. Puis, pendant que deux policiers me tenaient, le troisième a arraché mon appareil, qui était en bandoulière autour de mon cou. » Ensuite, les flics ont effacé la carte mémoire. Le chef du bureau de l’AFP à Lyon a protesté auprès des autorités. Réponse : « Envoyez un courrier ».

Hier, l’intersyndicale (CFDT, CGC, FO, SAJ-Unsa, SNJ, CGT et Sud) et la société des journalistes (SDJ) de l’Agence France Presse ont protesté. Pour les syndicats, il s’agit d’un "acte de censure intolérable dans une démocratie" et d’une "atteinte grave à notre mission et au droit à l’information pour tous les citoyens". Le communiqué estime que ce triste épisode "n’est que le reflet d’une volonté, au plus haut niveau, d’étouffer les mouvements sociaux et leur retransmission dans les médias." L’intersyndicale appelle la direction de l’AFP à "déposer une plainte contre ces agissements qui portent atteinte à la liberté de travailler". Quant à la SDJ, elle s’inquiète "de ces énièmes entraves à la liberté de la presse, à un moment où s’accumulent les pressions de responsables politiques de tous bords envers les journalistes."

Cette affaire arrive au moment où l’AFP, l’une des trois seules grandes agences de presse au niveau mondial, subit des attaques sans précédent de la part de certains hommes politiques proches de qui vous savez. On reproche notamment à l’agence de ne pas être assez prompte à répercuter les communiqués de presse du parti au pouvoir...

On vit une époque formidable !

Les lycéens lyonnais manifestent à nouveau aujourd’hui. Vous pouvez suivre les événements sur le site d’informations alternatives lyonnaises Rebellyon.

Pour signer la pétition du collectif SOS Agence France Presse qui milite pour l’indépendance de l’AFP.

le 18/12/2008
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1 Message

  • 18 décembre 2008 21:59

    Communiqué de presse du 18 décembre 2008 de la Ligue des Droits de l’Homme, sections Lyon 3e 6e, Lyon 7e, Lyon 8e, Oullins et sud ouest lyonnais, Caluire Rillieux Sathonay.
    Le 16 décembre 2008, près de la place Bellecour (Lyon 2e), aux alentours de 17 heures 30, deux photographes de l’Agence France Presse ont été empêchés de prendre librement des photos par des fonctionnaires de police. Ces photographes étaient en train de couvrir une manifestation de lycéens dans un lieu public et faisaient leur travail d’information.
    Les sections Lyon 3e 6e, Lyon 7e, Lyon 8e, Oullins et sud ouest lyonnais et Caluire Rillieux Sathonay de la Ligue des Droits de l’Homme rappellent que si la loi sur la liberté de la presse accorde aux fonctionnaires de police un régime spécifique visant à protéger leur identité, cette disposition est amoindrie au nom du droit à l’information, notamment dans le cadre d’un événement dont l’importance justifie qu’il soit porté par l’image à la connaissance du public ou d’un événement d’actualité hautement médiatisé faisant écho à une opération de police en relation directe avec celui-ci. En tout état de cause, le droit à l’image ne peut pas être invoqué lorsque le fonctionnaire de police n’est pas identifiable sur l’image en cause.
    En conséquence, elles s’interrogent sur un évènement qui leur semble aller à l’encontre de la législation française ainsi que des dispositions de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont la France et d’autres pays dans le monde ont fêté le 60e anniversaire le 10 décembre dernier.