Théâtre : "Fin de partie" avec Dominique Pinon et Charles Berling

Théâtre : "Fin de partie" avec Dominique Pinon et Charles Berling

Un décor magnifique fort et tragique comme une peinture de Jean Rustin, de très belles lumières, une distribution de haute tenue qui a du caractère, une mise en scène inventive très fidèle et attentive à l’oeuvre de Samuel Beckett, Charles Berling peut être fier de son adapation de "Fin de partie" qui se joue actuellement au Théâtre de l’Atelier.
Pendant deux heures on est happé par ce monde étrange, glauque, poétique, cruel et sordide qui nous montre la nature humaine dans sa noirceur, sa complexité et sa tragédie du quotidien.

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L’oeuvre de Beckett tout entière est traversée par une appréhension aiguë de la tragédie qu’est la naissance : « vous êtes sur terre, c’est sans remède ! » dit Hamm, le protagoniste principal de "Fin de partie".

L’œuvre est un témoignage sur la fin d’un monde, la fin du certaine humanité et "Fin de partie" est une pièce importante dans cette démonstration de Beckett.

Le pitch : Hamm, aveugle paraplégique, occupe le centre de la scène. Il entretient avec son valet et fils adoptif Clov une relation étrange, "sado-masochiste" et pathétique. Celui-ci affirme vouloir le quitter ou le tuer mais n’a le courage de faire aucune de ces deux choses pendant toute la pièce.

Nell et Nagg, les parents de Hamm, ont perdu leurs jambes lors d’un accident de tandem et vivent désormais dans des poubelles.

Il n’y a pas à proprement parler d’intrigue dans Fin de partie. On peut toutefois se demander si la journée mise en scène n’est qu’une « journée comme les autres » comme veut le croire Hamm ou si des éléments nouveaux et inconnus, inquiétants ou porteurs d’espoir font leur apparition dans la vie des personnages au cours de la pièce. Il semble en effet que Nell meure et qu’à la fin de la pièce Clov quitte définitivement Hamm (sans qu’on puisse en être sûr). On peut donc avoir l’impression, comme Clov ne cesse de le répéter, que « quelque chose suit son cours .

Dominique Pinon est Hamm, vieux, impotent, misérable petit chef autoritaire assis perpétuellement dans son fauteuil d’handicapé attendant son calmant, cherchant le moindre public pour raconter sa vie inspide, ses rêves déjantés.
Puis il y a Clov, le fils adoptif et souffre-douleur de Hamm qui passe ses journée à tenter de contenter son père sans trop prendre de remontrances. En parallèle, Nell (Gilles Segal) et Nagg (Dominique Marcas) se meurent dans leurs poubelles.

Charles Berling réussi un travail admirable sur la gestuelle des personnages et leur mise en lumière. Tout ici sert l’oeuvre de Beckett et surtout son texte.
Le mise en scène fonctionne ainsi comme une chorégraphie impeccable qui laisse place aux silences, fait le jeu global des thématiques de l’auteur.

Dominique Pinon montre là une large étendue de son talent, chaque mimique, chaque travers de Hamm est rendu dans une grande vérité et justesse. Il est un Hamm plus que crédible, il en est son incarnation troublante. La voix, la présence, le respect absolu des mots de Beckett et une composition unique font du jeu de Pinon est performance impressionnante et rare.

Charles Berling est lui aussi très convaincant en Clov, lui si fin et élégant d’ordinaire au cinéma semble avoir pris du poids pour ce rôle ingrat de Clov, individu asservi sans courage de partir qui survit dans une vie réglée sur les désirs de Hamm. Le dos courbés, les pieds lourds il est méconnaissable en héros beckettien et n’a pas eu peur de s’enlaidir.

La confrontation entre Pinon et Berling n’est pas décevante, les deux acteurs sont complémentaires et forment une belle dualité sado-masochiste et cruelle. Une belle connivence et un grand respect lient les deux hommes sur scène.

Devant eux, Dominique Marcas et Gille Segal sont d’une beauté inouie dans des costumes au millimètre. Au sortir de leurs poubelles ils sont dans une lumière qui émeut profondément le spectacteur et ces deux grands professionnels du théâtre offrent une composition digne de leur grandes qualités d’acteurs.

Un belle pièce dans un beau théâtre, un sens superbe de l’esthétique, un cadeau pour tous les protagonistes, "Fin de partie" est une adaptation qu’il faut aller voir, Bravo à Charles Berling et à son équipe de rendre si bien hommage au Théâtre, à la scène et à ses tragédies ordinaires dans une aventure aussi émouvante, pleine de sens et fidèle à Beckett.
"Pleurer c’est être envie" dit Hamm...

La pièce de Samuel Beckett, mise en scène par Charles Berling.
Avec : Dominique Pinon, Dominique Marcas, Charles Berling et Gilles Segal.
depuis le 23 septembre 2008 au théâtre de l’Atelier, Paris 18.

http://www.theatre-atelier.com

le 12/10/2008
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