EXPO EMIL NOLDE (1867-1956) AU GRAND PALAIS…

Une exposition organisée par la Réunion des musées nationaux et la Communauté d’agglomération de Montpellier / musée Fabre où elle sera présentée du 7 février au 24 mai 2009

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L’expressionnisme allemand reste un sujet neuf en France. Emil Nolde (1867-1956), l’un des représentants majeurs de ce courant, n’a à ce jour bénéficié d’aucune rétrospective. Pour la première fois dans notre pays, une exposition ambitieuse rend hommage à cette grande figure de l’art moderne en réunissant quatre-vingt dix peintures (dont la présence exceptionnelle du polyptique La vie du Christ de la fondation Nolde à Seebüll, en Allemagne) et soixante-dix aquarelles, gravures et dessins.
Cet ensemble est présenté selon un parcours chronologique découpé en douze sections thématiques (La montagne enchantée, Un pays, Années de combat, Tableaux de bibles et légendes, L’oeuvre graphique, Nuits de Berlin, Welt, Heimat, « Phantasien » et « images non peintes », La mer). Pour le grand public, ce sera donc une découverte ; pour les connaisseurs, une occasion unique de voir rassemblés des tableaux provenant du monde entier et illustrant la totalité de l’oeuvre.

D’abord sculpteur ornemaniste sur bois, Nolde vient tard à la peinture.
Formé à Munich et à Paris en 1900, il se singularise très vite par une peinture farouche, qui a retenu la leçon de Van Gogh. Les jeunes artistes de Die Brücke lui demandent son soutien : il est de tous les combats pour imposer un art nouveau, jusqu’à son exclusion de la Sécession de Berlin en 1911.

Partagé entre son enracinement dans la terre du Schleswig, à la frontière du Danemark, et sa fascination pour la métropole, Berlin, entre son goût pour la solitude et le spectacle de la vie sociale, ce fils de paysan à la fois rude et doux construit une oeuvre unique qui suscite bien des incompréhensions.

Nolde, qui pensait incarner l’esprit allemand dans la peinture moderne, fut cependant fort maltraité lors de l’arrivée des nazis au pouvoir. Son adhésion au Parti national socialiste en 1934 ne lui épargna pas d’être publiquement diffamé et de figurer parmi les artistes « dégénérés » lors de l’exposition de 1937. Le vieil homme, âgé de 70 ans, refusa cependant de se soumettre aux diktats esthétiques du régime et fut frappé, en 1941, d’une interdiction totale de peindre. Reclus à Seebüll, il produisit alors clandestinement un millier de petites aquarelles, ces émouvantes « images non peintes » dont certaines sont ici montrées.

La reconnaissance internationale ne tarde pas après-guerre, et Nolde est consacré de son vivant comme l’un des artistes les plus importants de notre temps.

L’oeuvre de Nolde est remarquable par d’extraordinaires accords colorés, un trait sans concessions, et une verve narrative inégalée.
L’être humain est au centre de ses préoccupations, magistralement restitué dans les portraits, les maternités, les couples. Les paysages et les natures mortes sont autant de songes colorés, où la contemplation de la vie ordinaire, de la nature, est transfigurée par l’audace de la palette. Les sujets religieux bouleversent toutes les tentatives faites dans ce domaine à l’époque moderne, et s’efforcent de retrouver les racines d’une religion primitive, proche de l’homme.

Tour à tour grinçant ou serein, Nolde peint à la fois le théâtre social et l’humanité tout entière. D’une longévité plutôt rare pour l’époque – 89 ans – il traverse les deux guerres et laisse une oeuvre foisonnante qui continue de dialoguer aujourd’hui avec l’art le plus contemporain.

(source : Réunion des musées nationaux)

Paris, Galeries nationales du Grand Palais
25 septembre 2008 – 19 janvier 2009
Entrée Clemenceau

horaires :

Tous les jours sauf le mardi , de 10 h à 20 h et le mercredi de 10 h à 22 h. Fermeture exceptionnelle à 18 h les 24 et 31 décembre
Fermeture le 25 décembre

Prix d’entrée : 10 euros ; tarif réduit : 8 euros

Métro : Franklin-Roosevelt ou Champs-Elysées-Clemenceau

Catalogue de l’exposition : EMIL NOLDE (1867-1956), sous la direction de Sylvain Amic, 45 euros, 344 pages, 220 illustrations en couleur, 65 illustrations en noir et blanc, Edition de la Réunion des musées nationaux

le 24/09/2008
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2 Messages

  • 28 septembre 2008 15:08, par Franck dit Bart

    Je me permets de donner mon point de vue concernant certains propos de mon collègue chroniqueur.
    Tout d’abord, il me semble qu’une définition de l’expressionnisme allemand s’impose si nous voulons considérer cet art dans son ensemble et y percevoir la piètre représentativité de l’Emil.
    « Au moyen d’une communauté de vie simple, propre à la création et seulement dictée par le rythme de la nature, les expressionnistes créèrent un mode utopique s’opposant à la société régie de façon artificielle par le progrès du travail industrialisé, et réglementée par le système wilhelmien. Pour eux, la confrontation allait en général de pair avec l’émancipation personnelle. La plupart des jeunes expressionnistes provenaient de familles bourgeoises, et c’est justement parmi elles que le système wilhelmien avait trouvé ses représentants les plus fidèles ». (Dieter Elger in « L’expressionnisme » page 9)
    C’est dans ce contexte que de jeunes étudiants autour d’Ernst Ludwig Kirchner fondèrent le groupe « die Brücke » (le Pont) Dresde 1905 / Berlin 1913 dont le manifeste répond aux aspirations révolutionnaires de notre définition première : « Ayant foi en une génération nouvelle de créateurs et de jouisseurs, nous appelons toute la jeunesse à se rassembler, en tant que porteuse d’avenir. Nous voulons une liberté d’action et de vie face aux puissances anciennes établies. Est avec nous celui qui traduit avec spontanéité ce qui le pousse à créer » (Ernst Ludwig Kirchner).
    Cette ardente injonction d’une jeunesse pressée de vivre, jouir et créer en toute spontanéité en dehors des carcans académiques et des glossaires endémiques d’un tâcheron de père universel en la personne de Guillaume II et des valeurs sacro-saintes du Reich, relève la tête d’une pulsion libératrice influencée par les écrits de Nietzsche et le primitivisme de Gauguin. Leur levée de bouclier, c’est aussi à l’encontre du système autoritaire d’éducation, ce que Heinrich Mann nommait « l’obéissance au cadavre ».
    Quant à l’Emil, il rejoignit de façon éphémère le groupe en 1906. Sans doute que les mœurs dissolues de ses jeunes collègues et leurs révoltes à fleur de peau dégoûta l’ancêtre de flirter en chemin avec cette communauté de travail fraternel où tout était partagé à part égale, ateliers et modèles (amies / amantes) aussi.
    L’Emil n’étant sans doute pas préparé à peindre en actes la nudité crue et communautaire autour des lacs de Dresde ou en atelier, ce que les artistes de la « Brücke » appelaient « le nu d’un quart d’heure ». Le modèle évoluait durant quinze minutes d’affilée sans poser alors que les artistes dessinaient et devaient saisir en un seul dessin toutes les attitudes et mouvements dans l’immédiateté et l’authenticité (hommes et ou femmes nu(e)s debout ou couché(e)s en train de manger, de s’aimer, se caresser…). C’était aussi pour eux le défit qu’ils lançaient aux académies du nu pusillanime. Leur objectif était de traiter le modèle de façon directe sans que n’intervienne sa réfraction dans leur processus de création, afin aussi de procéder de telle sorte que le dessin soit produit de manière presque automatique. Ce que les surréalistes exprimeront par l’écriture.
    Le nu flamboyant fut porté aux nues par ces artistes : « L’art est fait par des hommes. La figure humaine constitue le centre de tout art, car sa forme et ses dimensions sont la base et le point de départ de tout ressenti. (…) C’est pourquoi j’exige en premier lieu pour toutes les écoles d’art que le dessin du nu soit la matière principale ». (Ernst Ludwig Kirchner, 1927, in son journal intime.
    Et pour ne pas faire fi du « Cavalier bleu », l’autre grand mouvement expressionniste allemand cantonné au Sud du pays qui déplorait lui aussi lors de l’une de ses rares expositions communes : « Die Brücke, qui selon l’estimation railleuse de Kandinsky comptait, pour 24 planches réalisées, au moins 9 nus et demi, avec ou sans poils pubiebs, 5 figures au bain et 2 scènes de cirque. » (In Marc Cluet, La Libre Culture, page 772).
    Cependant, on ne peut pas reprocher la coloration au fond dans l’œuvre d’Emil Nolde, avec ses Christ qui touchent du bois en sortant de leurs cadres rigoristes et ses paysages marins époustouflants de ciels tempétueux.
    En revanche, contrairement aux autres membres des mouvements expressionnistes allemands qui avaient eux une conscience politique sociale et historique, l’Emil accepta de marcher au pas de l’oie chez les nazis (comme le suggère l’article), pour ne pas être trop inquiété dans son intégrité physique, son adhésion au parti, lui ayant sans aucun doute sauvé la mise !
    Kirchner, réfugié en Suisse à Davos, préfèrera lui se suicider plutôt que de subir l’infamie de voir toute son œuvre considérée comme dégénérée.
    Franck dit Bart, chroniqueur au Mague sous le pseudonyme de Missdinguette la Singette et écrivain, auteur d’un premier roman : « Carl et les vies parallèles » et d’autres manuscrits, dont l’un mettant en scène Ernst Ludwig Kirchner dans le contexte du Berlin d’avant la grande boucherie de 14 / 18.
    J’écris actuellement une biographie d’Ernst Ludwig Kirchner durant sa période « die Brücke » et le début de la République de Weimar, la réplique de tous les dangers à venir. Avis aux éditeurs intéressés !
  • 3 octobre 2008 15:53, par sarah

    Je trouve que cette expo de et artiste encore méconnu en france s’avère passionnante. c’est ce que met en avant ce que je peux lire dessus, comme chez vous ou encore sur des blogs, comme à l’adresse suivante, www.laboiteasorties.com/2008/10/emil-nolde-au-grand-palais/
    Je vais y courrir !