Noir désir répond à Meissier II

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Aussi le paradoxe n’est-il pas le nôtre, mais celui du pasticheur : profiter du malheur de l’autre pour faire une « bonne feuille », s’autoriser cette bassesse parce qu’on aurait compris que nous sommes tous toujours déjà des libéraux et qu’il faut en conséquence se faire plaisir sans plus de scrupules, est exactement aussi intelligent que de calquer la loi sur la façon dont les gens se comportent déjà. Toutefois, celui-ci pourrait nous rétorquer qu’il ne conteste pas cela, que ce n’est pas du désir de révolution qu’il se moque, mais de celui qui n’existe qu’à la petite semaine ; au contraire, pourrait-il ajouter, c’est justement pour l’amour de la révolution qu’il le fait.

Mais notre présence depuis vingt ans sur la scène rock, la dimension politique de nos apparitions, l’intérêt littéraire des textes de Bertrand ont fait plus, selon les possibilités offertes par les médias, pour faire adhérer les gens à des valeurs dignes de ce nom que la plus part des autres personnes de bonne volonté (hommes politiques, journalistes), dont nous ne méprisons pas les efforts sincères et parois héroïques pour certains. Toi, Jean-Marie, tu sais bien tout cela et tu te ries de nous voir critiqués par les idiots, dont tu penses qu’ils sont une majorité et qu’il n’y a plus rien à en attendre.
Nous ne sommes parfois pas loin de nous dire que tu as raison sur ce point. Mais - et là réside la patience qui nous est propre - nous ne céderons pas face à ce genre d’irrespect. On peut toujours dire de Bertrand qu’il fait du sous Rimbaud ou de chacun de nous qu’il est bien inférieur à celui qui incarne le plus hautement l’art dans lequel il œuvre, c’est là un énoncé qui, comme son contraire, est indémontrable et, en plus de n’être pas convaincant, n’a aucun intérêt. Mais ridiculiser notre façon d’intervenir dans le champ politique quand c’est le Front National ou les effets pervers de la mondialisation que nous travaillons à réduire, ce que très modestement mais assurément nous accomplissons effectivement par les adhésions que nous provoquons, cela n’est pas pardonnable. Que cela soit fait par celui dont la voix avait toujours su être l’expression magnifique de nous tous, nous ne le supporterons pas. Alors, que l’auteur des lignes incriminées n’oublie pas que ce n’est pas impunément que l’on salit l’un des nôtres, et qu’autrefois, il était de règle de laver l’affront dans le sang.

Excuses-nous Jean-Marie d’avoir continué par cette lettre à te mêler à tout cela, mais il fallait bien que nous répondions. Nous sommes sûrs que, de par le sens des responsabilités qui est le tien, tu accepteras que notre brève relation épistolaire en soit l’occasion.
Croyez Monsieur à notre complet dévouement à l’art et à la justice.

N.D.

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le 23/09/2003
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