Chère Flicaille,
Cette réclame en faveur d’un professeur de Vertu et rédigée par un autre accusateur invétéré du Mal inhunumain (c.f. lorsqu’il s’agit de lyncher une star du rock français par exemple) ménage donc un énième acte de foi vertueux et rebelle (comme toujours, les deux vont ensemble) mais complètement absurde (n’en déplaise à dix ans de "travail", qui ne sont pas sensés produire de la qualité, que je sache). Le vrai but de ce genre d’ouvrage est sans doute de recréer artificiellement un combat dont l’époque nous prive désespérément. C’est malheureux, contre quoi lutter ? voilà une grande question Mr. Chapuis-flic-des-moeurs. L’antisémitisme de Gérard de Nerval : ça che-mar.
Prendre l’Histoire sous les lunettes droit-de-l’hommistes, c’est plus que de l’anachronisme, c’est de la falsification, voire de la connerie. Il ne fait aucun doute que tout le monde était antisémite pendant l’Affaire Dreyfus (par exemple), même Emile Zola (comme Desproges a pu dire "Tout le monde sont Juif ! l’Archevêque de Paris est Juif !"). Ce n’était pas le judaïsme de l’officier qui était en question, mais la justice (et encore...). Mais voilà, notre morale insurpassable revient pleine de rage policière, et ce contre des spectres, donc dans un combat vain (et dans le but, soit-disant, d’"ouvrir les yeux" ?? mais sur quoi — du vide ? pourquoi ? afin d’être plus civique mais moins lucide : certainement) ; avec, comme parfum, cet esprit particulièrement français qui consiste à avilir les grands, à abaisser le génie et pourrir ce qui est digne d’être admiré : Zola l’antisémite, voilà qui réjouit Mr. Chapuis-en-mal-de-combat, hein : Emile le gros dégueulasse, tout comme Balzac, Voltaire, Flaubert, Baudelaire, et toute la clique, que vous ne lirez désormais qu’à la lumière de votre putain de Vertu, c’est-à-dire sans lumière aucune), et Lewis Carroll le pédophile ? à quand un "Le pénal dans ma culotte : Anthologie des déclarations des illustres toucheurs de mômes" ?, Virgile battait ses esclaves, Prévert trompait sa femme, La Fontaine crachait sur les paysans, Molière était incontestablement un raciste du dimanche... Qu’en pensez-vous Mr. Chapuis-en-guerre-contre-les-méchants-et-le-génie ? Je pense que ça ferait grandement avancer le schmilblik et qu’il faudrait commettre un autre dictionnaire instructif (que dis-je ? un cycle encyclopédique !) de cet accabit à propos des écarts libertins de nos grands hommes, de fouiller leur petite vie privée, de renifler leurs chaussettes, de de faire des test ADN sur la bite à Clémenceau, bref : faire oeuvre de l’esprit et d’anticonformisme.
Bien sûr, on ne "trouble pas la réflexion", on prend le lecteur dans le sens du poil, et combien je le comprends ! Ce combat contre des fantômes semble si vide que la note en bas de page doit prendre acte de ce vide, et même préjuger de celui qui habite l’esprit du lecteur. Dénoncer l’antisémitisme est au fond assez commode, c’est tellement inattaquable, mais en même temps si courageux. Mieux vaut ne pas conclure non plus en effet sur ce futur "dictionnaire des idées reçues", sous couvert de bombe d’esprit critique (l’"auteur" de la préface témoigne de l’esprit en question).
Mr. Chapuis-le-gros-beauf-new-age, eh bien chiez à l’aise, en "public comme en privé", sur le génie, tout antisémite qu’il fut, si ça vous permet d’encenser Patrick Sébastien et de vous croire digne d’être un "résistant culturel".