La peste monothéiste

La peste monothéiste

Toutes les religions sont des insultes à l’intelligence. Puisqu’il faut, encore et toujours, enfoncer ce vieux clou, Cyrille Gallion publie une belle série d’arguments pointus pour botter le cul des religieux et de leurs alliés (politiciens, médias…). Ni dieu, ni maître… nom de dieu !

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Cyrille Gallion nous guide à travers les siècles depuis l’invention du christianisme. Les rapports religions-argent, religions-pouvoirs, religions-guerres sont passés au crible. Des hérésies médiévales jusqu’aux débats d’aujourd’hui, l’auteur répond à toutes les questions que l’on peut se poser sur la persistance du phénomène religieux.
Si Cyrille Gallion, incollable sur les encycliques, ne mâche pas ses mots, il ne tombe cependant jamais dans le slogan anticlérical primaire. Son ouvrage est intelligent et bien documenté. A l’occasion, il n’hésite pas à mettre le doigt sur les contradictions de certains militants athées laïcs, de gauche, d’extrême gauche et même libertaires.

Par extension, il débusque la religiosité qui imprègne de nombreux domaines plus généraux comme la consommation, les sports, les jeux d’argent et même le militantisme. A juste titre, on a souvent comparé le parti communiste à une église. L’auteur en profite aussi pour titiller la mystique anarchiste. « Combattons toutes les religiosités qui font qu’un groupe se sente détenteur de la Vérité », glisse-t-il entre deux lignes qui défriseront quelques vieilles barbes (parce qu’il y a également des vieux barbus chez les anars…).

Après quelques rappels historiques utiles, le livre aborde la période contemporaine en faisant un état des lieux de la planète croyante. Y compris chez les prolétaires avec la naissance de la CFTC (en 1919), de la JOC (en 1925), puis de la JAC et de l’ACO. Le PCF ne sera pas en reste. Maurice Thorez ouvrira le parti aux croyants. La fameuse politique de la main tendue. Des chrétiens anarcho-communistes se lanceront même dans l’aventure. Enfin, si Cyrille Gallion dit quelques mots sur les prêtres ouvriers engagés à la CGT et sur les adeptes de la théologie de la Libération, il n’oublie pas que les écritures « saintes » sont aussi et surtout la cause de massacres abominables. L’actualité nous le rappelle tragiquement.

Cyrille Gallion nous invite à aborder les problèmes religieux sous un angle nouveau. Les manifestations religieuses ont changé. Les luttes contre les religions doivent aussi changer de registre. Plus question de coasser en croisant les curés dans la rue, comme le faisaient nos aînés chahuteurs. Les curetons ne sont plus en soutane et ils paradent dans les émissions télévisées aux côtés des starlettes siliconées. Avec des organismes sensés être représentatifs, les autres religions monothéistes sont sur les mêmes rangs. Fortes de cette visibilité, et avec la complicité des médias, les religieux inversent le sens des mots. Dans leur bouche, les défenseurs de la laïcité sont des intégristes ! Quiconque ose critiquer les religions est aussitôt taxé d’intolérant…

Avec une superbe hypocrisie, les religieux veulent faire croire que la foi relève de la sphère privée, ce qui serait donc intouchable. Le hic, c’est que ces religions sont, par nature, prosélytes. Et leur racolage déborde souvent sur la place publique ! Alors, ne nous laissons pas berner par les jérémiades qui, au nom du droit à la différence, tentent notamment de remettre en cause le droit au blasphème. Au nom du respect de la croyance d’autrui, la critique de la croyance et des religions risque d’être bientôt bannie. On peut craindre le pire.

L’affaire qui menace actuellement Charlie Hebdo en est un triste exemple. L’hebdomadaire est poursuivit pour avoir publié des dessins satiriques représentant Mahomet. Qui porte plainte ? La mosquée de Paris, l’UOIF et la Ligue islamique mondiale, pas moins. Aujourd’hui des organisations musulmanes, hier des chrétiennes ou des juives ont attaqué des journaux, des films, des livres ou même des affiches publicitaires. Toutes unies pour donner des coups de bélier dans la laïcité, pour abattre par tous les moyens la libre pensée. « Les croyants ne doivent pas être choqués », dit la justice française. Nous en sommes là. C’est dire si le combat contre les religions n’a rien d’un combat passéiste. C’est bien ici et maintenant que ça se passe.

Toute critique d’une religion se traduisant immédiatement par une accusation de racisme antichrétien, antisémite ou islamophobe, les tribunaux vont devenir des terrains de bataille féroces. Les libres penseurs sont-ils condamnés au silence et à l’autocensure ?

Certainement pas. N’oublions jamais une chose : la liberté d’expression ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.

Cyrille Gallion, La Peste monothéiste, éditions Libertaires (2007). 12 euros.

Plus d’infos sur www.editionslibertaires.org

le 05/02/2007
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4 Messages

  • 6 février 2007 23:18, par Philippe Gras

    À ce sujet, Philippe Val, le rédac-chef de Charlie-Hebdo développe une bonne analyse : il n’a pas voulu critiquer l’islam, mais les islamistes. Dès lors, si ceux-là devenaient hors de portée, il ne resterait plus rien aux citoyens pour s’en prémunir. Bien vu ! Mais de là à dire que toute idéologie est condamnable parce que prosélyte, autant fermer sa gueule.
    • La peste monothéiste 7 février 2007 12:38, par AT

      Il ne faut pas confondre propagande politique et prosélytisme religieux. Le premier fait partie du « jeu » démocratique et républicain. Le second est condamnable dans un pays laïc. Ce qu’on appelle la foi, que ce soit en direction d’un dieu homologué ou d’un oignon, doit rester dans le domaine strictement privé. Point barre. Et pas question de fermer sa gueule. Surtout quand il faut remettre à leur place les curetons de toutes obédiences.
      • La peste monothéiste 7 février 2007 14:37, par RP Dupanloup

        A quoi peut mener l’anticléricalisme primaire (je suis un anticlérical mais secondaire...) ? A un bel exemple de messianisme.
        "La propagande politique fait partie du jeu démocratique et républicain"
        Grandiose ! Mon Dieu, aurait-on envie de s’écrier en lisant des conneries pareilles ! Mais arrêtons de nous taper le cul par terre. Ca ne sert à rien. Nos nouveaux SS en tout genre vont eux-mêmes nous le botter et pour rien ! Car,amis fachos, bonjour ! La voie vous est grand ouverte. "La propagande politique faisant partie du jeu démocratique et républicain", gloire aux odieux du plus haut des cieux. C’est triste que la haine des curés (souvent, encore que pas toujours, légitime) puisse aveugler à ce point...
        • La peste monothéiste 7 février 2007 16:21, par AT

          Les fachos ne sont ni démocrates ni républicains... Ils sont donc de ce fait d’emblée hors-jeu !