Quand une féministe reste dans le dualisme et ne peux concevoir que l’idéologie féministe puisse dériver, elle fait forcément des amalgames regrétables. Voici la réponse que j’ai faite à l’article « La complainte des mâles barrés » de Anne Zelensky, paru dans Riposte Laïque.
12 questions d’un « mâle barré » à une féministe
Je ne peux que vous féliciter pour votre participation à la lutte pour l’égalité en droits entre les hommes et les femmes. Votre ironie à propos des mâles écrivant sur la condition masculine et que vous voyez tous « se répandre en jérémiades ou en insultes »* me fait par contre poser de nombreuses questions.
1 - La légitimité du combat des femmes pour le respect de leurs droits vous donne-t-elle le droit de considérer tout homme qui oserait s’exprimer différemment de vous sur le sujet, comme un horrible dominant ?
2 - La prise en compte d’un malaise doit-il être le privilège accordé pour l’éternité aux femmes naturellement victimes et refusé aux hommes éternels exploiteurs ne souffrant que de leur manque de savoir vivre ?
3 - S’il n’y a pas de nostalgie à avoir pour l’homme du passé, est-il vraiment nécessaire de vouloir inventer un homme nouveau à partir de nos rêves d’unité ? S’il n’est pas conseillé d’établir des rapports avec l’autre à partir de nos fantasmes, est-il davantage recommandé de ne pas en tenir compte ? Les femmes n’ont certes jamais détenu la toute-puissance, mais cela empêche-t-il tout humain homme ou femme de réagir inconsciemment, et comme un petit enfant, comme si c’était le cas ? Et à moins que l’humain devenu tout-puissant, n’arrive à « maîtriser son inconscient » n’y a-t-il pas de fortes chances que cela se perpétue ? Alors doit-on parce que la différence des sexes a été mal gérée et a servi pendant des siècles à inférioriser les femmes, la dénier aujourd’hui ?
4 - Qui, à part vous et les sexistes que je condamne, évoquent-ils la différence entre les sexes pour juger que l’un serait meilleur que l’autre ? Avez-vous trouvé dans mon intervention sur « L’évaporation de l’homme »* et dans mes écrits la moindre allusion à une infériorité de la femme, la moindre insulte et la moindre nostalgie pour le passé ?
5 - Vous qui refusez les stéréotypes, pourquoi vous délectez-vous autant à déverser votre fiel sur le macho débile dont vous faîtes une généralité et un épouvantail ? Vous qui ne voulez pas « enfermer la masculinité dans sa triste parodie », pourquoi continuez-vous d’assimiler tout homme dénonçant des dérives féministes à cette triste caricature ?
6 - Ne seriez-vous pas davantage crédible lorsque vous fustigez la violence masculine si vous évitiez de voir dans toute personne qui ne pense pas comme vous un ennemi à abattre ? Vous n’utilisez que la force des mots, mais la trouvez-vous assez « tranquille » pour mettre fin à la guerre des sexes ?
7 - Ne serait-il pas davantage constructif d’analyser les arguments des autres sans les déformer et d’engager le dialogue pour essayer de les comprendre ? Le mépris que vous affichez pour ceux qui tâtonnent, n’est-il pas symptomatique d’une attitude défensive et sectaire qui ne fait pas bon ménage avec l’esprit d’ouverture que l’on pourrait attendre de la part de défenseurs de la démocratie ? Pourquoi, pour combattre les intégristes vous sentez-vous obligée d’adopter leur attitude ?
8 - En n’arrivant plus à concevoir que votre vision du monde puisse aussi entraîner des dérives, ne faites-vous pas de votre « féminisme » une idéologie et n’est-ce pas déjà une dérive ? Défendre la démocratie, des féministes l’ont fait et on ne peut que les applaudir. Mais alors pourquoi employez-vous aussi des méthodes staliniennes en ne voyant dans vos contradicteurs que des déviants et des traites à la seule cause qui serait valable, la vôtre ? Dans notre société en mutation, se complaire avec bonne conscience dans ses certitudes, n’est-ce pas le moyen confortable de ne pas se « poser d’utiles questions » ?
9 - N’adoptez-vous pas une attitude plutôt conservatrice, lorsque vous figez les hommes dans les erreurs de leur enfance et ne cessez de vantez les mérites d’une adolescence réactive dont il serait temps de sortir ?
10 - Faîtes-vous preuve de progressisme lorsque vous refusez, après le nécessaire et inévitable grand nettoyage, la récupération du « bébé jeté avec l’eau du bain » qui aiderait à faire passer à l’age adulte ?
11 - Suffit-il de bouger pour avancer ? S’il est positif de dénoncer les erreurs du passé, celui-ci ne doit-il pas nous servir à considérer nos faiblesses actuelles avec humour pour éviter que le futur ne nous échappe ?
12 - Dans une société où la difficulté à assumer les limites désespère, ne vaut-il pas mieux être « mal barré » que pas « barré » du tout ?
Jean GABARD
Auteur de : « Le féminisme et ses dérives Du mâle dominant au père contesté » Les Editions de Paris, Paris 2006.
http://www.jeangabard.com
* Anne Zelensky : La complainte du mâle barré, jeudi 24 janvier 2008 Riposte Laïque n°25
* Jean Gabard : L’évaporation de l’homme, jeudi 24 janvier 2008 Riposte Laïque n°25