La marque aux normes philosophico-artistiques "FF" explore son temps, ses espaces et ses temporalités subjectives depuis près de cinquante ans. Fred FOREST n’est jamais fatigué de sa propre curiosité. L’inventeur qui naquit en 1933 à Oran, avec sa figure si reconnaissable, son crâne qui scalpe la fatuité, sa petite barbe bien taillée, ses pull-overs rayés et ses sempiternelles vestes de reporter, se décline en un camaïeu de blanc élégant, atypique, icônoclaste, le sourire en banière militante, l’oeil à l’affût du moindre questionnement sociétal, technique, l’oreille toujours à l’écoute des systèmes d’information et de désinformation.
Fred FOREST est un baroudeur de nos imaginations ayant bien compris avant que tout le monde en parle que les machines pouvaient si on savait les écouter, nous transmettre toutes les énergies des univers visibles et invisibles.
Fred FOREST fait indéniablement partie de cette race d’intellectuels - la plus précieuse qu’il nous soit donnée d’observer - une cosmogonie autodidacte, intuitive, ayant su au bon moment trouver la force et la volonté de survie pour sortir de sa condition sociale et naître à la vie, à la morgue.
On pourrait, bien entendu, énumérer ses célèbres ou plus parfaitement inconnues, mais non moins riches de sens, "actions" dans le monde entier, puiser dans le magma réjouissant de ses archives quelques anecdotes croustillantes ou rencontres lumineuses (...) Mais tout cela nous donnerait une idée somme toute, trop caricaturale de ce qu’est intrinsèquement, le Pape des médias ou encore le Bateleur sociologique.
Car dans sa traversée de ce siècle inondé par le prisme du Dieu Média, Fred FOREST n’a pas ménagé ses efforts. Il n’a eu de cesse, jusqu’à aujourd’hui de poser des problématiques essentielles pour sa vie et sa condition d’artiste et celles plus générales de ses congénères.
Sous le prétexte et l’alibi de l’Art dans toutes ses formes et ses déformations, il a témoigné sans relâche avec une fausse désinvolture modeste qui n’a jamais réussi à cacher un vrai sérieux analytique, une réelle pertinence sensorielle et un génie certain de compréhension des mécaniques modernes.
Il faut découvrir ou redécouvrir l’oeuvre "IN PROGRESS" de FOREST, voir au-delà des a-priori, raser la barbe de nos préjugés, comprendre qu’une oeuvre s’inscrit d’abord, dans la connaissance de son auteur en tant qu’homme, avec ses fêlures, ses doutes, ses audaces, ses provocations, ses erreurs, ses errances et ses visions les plus délirantes.
Fred FOREST est né bien avant le multimédia qui l’a sacralisé puis enfermé dans une boîte à images dont la télécommande s’est affolée.
L’empreinte novatrice de Fred FOREST trouve son enjeu principal dans la tectonique du cruor artistique, cet état nébuleux idéal, que l’on trouve, trônant magistralement, au Panthéon des musées imaginatifs.
Fred Forest a créé la chose la plus préciseuse qui soit ; un mouvement perpétuel. A son image, à notre image.


