Un corps qui a été souffrance et plaisir mêlés, sur une musique Rock and Roll bourrée d’horribles anglicismes dont elle avait tant de mal à se défaire. Mylène a dû faire l’amour des dizaines fois dans sa tête avec David Bowie pour oublier un peu l’absence insurmontable d’une mère, un père digne et aimant, mais qui ne comprenait pas toujours ses rêves artistiques, ses envies folles de Lettres et de lumière.
Tour à tour pudique, exhibitionniste, mégalo et touchante, Mylène avait en elle des centaines de vies fantasmatiques qu’elle dévoilait parfois dans l’Ecriture, des récurrences, des malaises, des bonheurs, des petites morts et des danses visqueuses qui la nourrissaient d’une énergie de vivre incroyable, décomplexée, vive, folle et audacieuse.
Elle aimait les écrivains passionnément, elle faisait indéniablement partie de leur famille même si c’était officieux, même si son personnage archétypique ne ralliait pas tous les suffrages, elle aurait fini par trouver sa place, tirée à part déchaînant les rires, les moqueries bien sûr, mais provoquant aussi de vives émotions, des admirations, explorant des chemins nouveaux, précaires et pertinents.
En 2001, j’ai amené Mylène sur les mondes virtuels pour le meilleur et pour le pire, elle a énervé, charmé, agacé, fait bander, elle a été au bout de toutes ses logiques, Bernard Bacos a été un ami fidèle et dévoué. Elle a montré son cœur et des morceaux de son corps, de ses seins, c’était aussi son langage sans fausse pudeur.
Un peu plus tard, j’avais été la filmer dans son hôtel, dans le cadre d’un reportage pour l’émission Campus de Guillaume Durand sur les lecteurs de Houellebecq, qui n’a jamais été diffusé. Stéphane Million était le deuxième témoin. À eux deux, ils témoignaient d’un regard original sur le monde des livres. Je me souviens comme si c’était hier du décor minimaliste de sa chambre, un lit, une table, un ordinateur, une solitude, des tonnes de cigarettes, du parfum, des livres et ces seringues terribles qui soulagent les diabétiques.
Mylène vivait dans un monde parallèle que personne n’était en droit de juger. Mylène était généreuse, douce, je l’ai toujours vu positive, enthousiaste malgré parfois un côté suranné, énervant et précieux d’une autre époque.
Comment pouvions-nous, les biens portants, juger de son narcissisme alors que le rapport avec ce corps fut le grand enjeu de sa vie et de sa mort ?
Je dois dire malheureusement que l’annonce de sa mort par Lisa ne m’a pas véritablement surpris, la Camarde a toujours fait partie de son patrimoine génétique, à la fois obsession, inspiration et rage de vivre. Mylène a vécu en princesse libertaire dansant sur les trop et les manques, faisant la nique aux convenances. Mylène s’est désintégrée comme une étoile filante, comme une Marilyn déglinguée.
Que reste-t-il de Mylène ? La vie d’une héroïne ordinaire, ni belle ni laide (mais diablement photogénique, voir ses photos avec Ernesto Timor), fantasque, à la fois extravertie et introvertie, jamais agressive, ni aigre, souvent déçue et abandonnée, et dans laquelle beaucoup de femmes et d’hommes pourraient se reconnaître. Drogue, sexe, contemplation des peoples, amour des mots, rêves d’écrivain, amour de son métier de professeur où elle était formidable. Mylène était tout cela, dérangeante car en dehors de tout moule normatif ou moral, seule prisonnière de sa chair qui était déchirure, cicatrice et, enfin son tombeau.
Puisque Mylène a une toute petite notoriété elle sera très vite oubliée des internautes et des autres, si elle avait été célèbre, on en aurait parlé pendant des semaines, il y aurait eu des livres, des scandales, des publications Post Mortem.
Peu importe, ceux qui l’on connue intimement se souviendront qu’ils ont touché, regardé ou aimé une créature d’une autre galaxie, celle de l’Amour et de la folie poétique douce.
Et cette fréquentation d’une entité extra-terrestre laisse une trace indélébile dans nos consciences, vous savez cette zone si proche du cœur...


