Au dernier jour du Salon des Indépendants - je franchis les portes de verre - persuadé de me remplir de toute cette peinture qui renverse l’âme - et j’erre comme un damné au milieu des rangées de stands - de cette kermesse d’odeurs, de couleurs et de formes qui ne ressemble à rien - à mesure que je m’enfonce dans ce labyrinthe de mauvais goût - de peinture du dimanche - de discours copiés-collés, des pseudos artistes, je désespère - ma sensibilité n’est pas touchée - rien que du déjà vu, déjà peint - alors je me dirige vers la sortie - me demandant ce que je suis venu faire dans cet endroit bien loin d’une idée d’indépendance et d’art - pour tomber au dernier moment sur de la peinture - de la peinture - là, dans le coin, abandonnée presque, mais d’une telle présence que j’en suis dans l’instant bouleversé - tant de délicatesse - ce mélange de corps de femmes avec des dentelles - ces jeux de transparence et de tissus - cette impression d’un temps passé toujours dans la présence - imprimée dans un mouvement de grâce et parfumé par l’extase et la mort - voilà de la peinture - sans doute pas une confrontation contemporaine des conceptuels ou de je ne sais quelle invention ludique des artistes d’aujourd’hui - mais de la poésie - juste de la poésie - réminiscence d’un Baudelaire dans ses fumées d’opium - d’un Pablo Neruda et ses gitanes nues dont le corps merveilleux porte les embruns d’une femme-animal - Je ne trouve pas l’artiste - une femme sans doute - je prends sa carte et je repars, me retournant encore pour voir et m’abreuver de la seule peinture trouvée dans cette foire du dimanche - Et je reprends nos métros - nos rues parisiennes - soulagé sûrement que la poésie vienne encore se faufiler dans les clichés d’une peinture pas encore renouvelée.

