Rachel-Rose et l’officier arabe

Rachel-Rose et l'officier arabe

Paula Jacques publie son huitième livre avec « Rachel-Rose et l’officier arabe » qui est le premier d’elle que je lis. Je vous propose donc un regard neuf sur son écriture.

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Née au Caire d’où sa famille fut expulsée en 1957, Paula passe son enfance en Israël avant de rejoindre la France.
Elle est journaliste de presse écrite et productrice de radio et aussi animatrice de l’émission ‘Cosmopolitaine’ sur France Inter. Elle a obtenu de nombreux prix littéraires.

Les Juifs et les Arabes ne s’aiment pas. Et cela ne date pas d’hier.

Une fois la guerre de Suez terminée, la paix devint le véritable enfer pour les Juifs égyptiens. Après l’expulsion des français et des anglais, ils furent suspectés d’impérialisme, de sionisme, de communisme, ou les trois à la fois. Résultat : ils furent arrêtés, emprisonnés, spoliés de leurs biens et... bannis.

Est-ce seulement cela que raconte ce livre ? Non, bien sûr. C’est beaucoup plus subtil.

L’histoire : Salomon Cohen, propriétaire d’un magasin prospère, refuse de se rendre à une convocation des Moukhabarat, les services de renseignements égyptiens. N’ayant jamais adhéré à une quelconque idéologie politique et possédant la nationalité égyptienne, il croit naïvement qu’il va pouvoir réchapper à tout cela. Personne sur cette terre ne peut contrarier la divine Providence.

Une nuit, un officier de police se présente à son domicile avec un mandat d’amener. Ce que personne dans cette famille ne soupçonne, c’est qu’il a un compte à régler avec eux.
Fouad Barkouk, l’officier arabe va se servir de la fille aînée, Rachel-Rose, pour assouvir sa vengeance. La jeune fille va vite tomber sous la dépendance sexuelle et affective de l’officier pervers qui cherche à se venger d’eux. Naguère, sa mère leur servit de domestique.

Paula Jacques nous entraîne dans un vrai thriller psychologique. Pour autant, au début du livre, rien ne le laisse présager, surtout quand elle utilise les caricatures faciles comme le nez du Juif ou la ruse de l’Arabe.
Ce livre qui raconte un premier amour dans les bras de l’ennemi dépeint aussi le sado-masochisme avec brio.

Qui domine qui ? Qui possède qui ? Eternelles questions...

"Rachel-Rose et l’officier arabe" de Paula Jacques chez Mercure de France, 350 pages, 20 euros, 2006

le 10/04/2006
Impression

7 Messages

  • 11 avril 2006 08:19, par GIESBERT

    Journaliste est incompatible avec écrivain. C’est une supercherie facile, un accomodement, une imposture pour critique-journaliste complaisant, une mode de compromission. Cela reste un paradoxe absolu, un contre-sens, un barbarisme, une contradiction en soi. Pour faire court, un peu comme un gynécologue faisant la cour.
    Olivier
  • 13 avril 2006 18:00, par blog-trotter

    Je suis juste de passage pour déposer un sourire de sympathie. Pour les commentaires sur les écrivains journalistes, je ne dirai rien. Et pour cause.

    Voir en ligne : http://blog-trotter.hautetfort.com/

  • 1er mai 2006 20:29, par Transcene

    Au sortir de ce roman, je risque quelques commentaires, certainement pas un jugement même s’il m’est difficile de réfréner mon admiration.
    La langue m’a paru étrangère, d’abord, un français comme d’à côté, une langue lointaine. Une gène que j’ai presque voulu attribuer à une traduction... qu’on est bête ! la gène est d’un dévoilement : on a vite fait de se détourner de ce qui effraie. Il faut s’émerveiller au contraire, s’étonner de cette façon de parler et d’utiliser notre langue : elle fouette la peau de l’âme, brutale parfois et presque sans transition sensuelle et séduisante, éveillant les sentiments inaccessibles ou interdits.
    "... un parfait petit salaud.
    - ça suffit, Fouad, allons, le passé est passé, nous dit le Coran. Dieu dirige ceux qu’Il lui plaît."
    Le contexte indique que ces mots se veulent apaisant, ceux du père adoptif vers son fils-élève. Le "ça suffit" paraît donc trop violent ! il sonne comme un coup sur le dos de l’élève coupable. A haute voix, lisez-le doucement, insistant, pour persuader, pour guérir : il devient une main calme et paternelle qui se pose sur l’épaule de l’enfant grandi dans la douleur.
    Un exemple parmi tant d’autre de cettre belle utilisation de la langue.
    L’évocation des soubresauts inconnus de l’âme. Parfois le langage de la lucidité, parfois celui de l’inconscient et tout à coup celui de l’illusion pour "les gens qui se pensent et s’éprouvent humiliés, bafoués".
    "Rien n’a besoin d’être moral, il suffit que ce soit nécessaire, que ce soit salutaire aux gens humiliés et bafoués comme tu l’as été." "... l’obstination de qui a été privé du meilleurs des sentiments humains, l’amour paternel..."
    Un mot de Kafka, en exergue de la deuxième partie, au milieu du livre, indique peut-être une fin :
    "Il existe un certain point en avant à partir duquel il n’est plus possible de faire demi-tour. C’est ce point-là qu’il faut atteindre."
    Transcene