Almodovar, maître du cocktail atavico-folklorique peint une modernité archaïsante et pudibonde qui révèle les contradictions d’un pays déboussolé par la richesse qui s’offre à elle et les profondes séquelles de 40 ans d’absurdité franquiste.
Ce regard grinçant du maître espagnol est d’une vérité sans fard. L’Espagne fait encore pâle figure au milieu des ténors de la C.E.E -elle vient d’y être admise -, parent pauvre qui, plein d’humilité et d’application, s’est aligné tant bien que mal sur les économies puissantes du vieux continent au prix d’un lourd tribut et d’une reconversion industrielle qui a fortement fait pâlir l’auréole dont le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol de M. Felipe González s’était vu gratifiée lors des premières élections démocratiques en 1982. Le prix Nobel de M. Cela est pour elle une première reconnaissance au sein d’une Europe qui l’accepte les bras ouverts et affirme ainsi une volonté de pardonner, de tirer un trait sur l’isolationnisme culturel, politique et économique qui l’a caractérisée depuis le XVIIIe siècle.
Toutes les chaînes de télévision et l’ensemble des médias bricolent à la hâte des biographies et des panégyriques du nouveau héros national. On le voit partout avec sa jeune épouse, Marina Castaño, déguster, la « tetilla », le fromage typique de sa région (La Galice) qui se mange nappé de miel frais. On fête sa « rusticité », son franc parlé et les blasphèmes qui le rendirent célèbre pendant le franquisme…
Pourtant quelques réactions dissonantes se font entendre, loin, très loin, dans les rangs de l’élite intellectuelle d’Amérique Latine. Ernesto Sabato, pour ne citer que lui, va même jusqu’à dire que le jury de Stockholm décerne parfois son prix à « des enfants ». Mais ces voix qui s’élèvent outre Atlantique ne trouvent aucun écho en Espagne ; la déification de Camilo José Cela a commencé et rien ni personne jusqu’à sa mort, survenue le 17 janvier 2002 à l’âge de 85 ans, ne pourra inverser le processus.
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