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DJ Mehdi : l’incroyable destin d’un génie français fauché à 34 ans

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Il avait réussi quelque chose que presque personne n’avait réussi avant lui : être respecté par le rap français et adulé par le monde de l’électro sans jamais donner l’impression d’avoir trahi l’un pour rejoindre l’autre. DJ Mehdi n’a vécu que 34 ans. Une vie terriblement courte, mais suffisamment dense pour laisser son empreinte sur deux générations de musiciens.

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De son vrai nom Mehdi Favéris-Essadi, il grandit à Gennevilliers et découvre très jeune les platines. À la fin des années 1980, les émissions de Lionel D et Dee Nasty sur Radio Nova nourrissent sa passion pour le hip-hop. Dee Nasty le présente ensuite à Ideal J, le groupe emmené par Kery James. Mehdi n’a alors qu’une quinzaine d’années et entre presque naturellement dans cette scène rap qui est en train de construire sa propre histoire.

Il devient rapidement bien davantage qu’un DJ derrière des rappeurs. Mehdi fabrique du son. Il produit, cherche, sample, mélange. Autour d’Ideal J se constitue la Mafia K’1 Fry et toute une génération apparaît : Kery James, Rohff, 113, Manu Key… Mehdi se trouve au milieu de cette effervescence mais conserve déjà une singularité essentielle : il refuse de s’enfermer dans une chapelle musicale.

À la fin des années 1990, son nom est derrière plusieurs disques importants. Il travaille notamment avec MC Solaar, Ideal J et surtout 113. Sur Les Princes de la ville, sorti en 1999, son travail participe à l’identité d’un album devenu emblématique du rap français. Tonton du bled en est l’exemple le plus populaire : Mehdi sait faire entrer dans le hip-hop des couleurs électroniques et orientales sans casser son énergie.

Et c’est précisément là que son parcours devient exceptionnel.

À une époque où rappeurs et clubbers appartiennent encore largement à deux univers distincts, Mehdi comprend qu’il n’y a aucune raison de choisir.

Il écoute du rap, mais aussi de la house, du funk, de la musique électronique. Il fréquente Cassius. Il connaît Pedro Winter, futur fondateur d’Ed Banger et manager de Daft Punk. Il commence à fabriquer une musique dans laquelle les frontières deviennent inutiles.

En 2002 paraît son premier véritable album solo, (The Story of) Espion. Puis vient la rencontre artistique déterminante avec Ed Banger. Mehdi participe dès les débuts du label et produit notamment en 2003 Anything Is Possible, face B de Never Be Alone de Justice. Quelques années plus tard, il rejoint pleinement l’aventure qui est alors en train de transformer Paris en l’une des capitales mondiales de la nouvelle musique électronique.

En 2006 sort Lucky Boy.

Le disque résume presque tout DJ Mehdi : le beatmaker de rap est toujours là, mais les machines, la house et la culture club ont pris davantage de place. I Am Somebody, Lucky Boy, Pocket Piano et surtout Signatune installent définitivement Mehdi dans le paysage électronique. Le morceau Signatune connaîtra notamment une nouvelle dimension grâce à l’edit de Thomas Bangalter, moitié de Daft Punk.

Mehdi devient alors l’un des visages de cette extraordinaire période Ed Banger. Justice explose, Daft Punk règne sur la planète électronique, Pedro Winter fédère une nouvelle scène française et Mehdi voyage désormais entre Paris et les clubs du monde entier.

Mais contrairement à l’image parfois brutale ou provocatrice de cette nouvelle French Touch, ceux qui l’ont connu décrivent régulièrement un homme chaleureux, curieux et profondément attaché aux autres. Surtout, il demeure ce passeur capable de discuter avec un rappeur de Vitry puis de monter quelques heures plus tard sur scène avec les figures de l’électro parisienne.

En 2009, il pousse encore cette logique avec Carte Blanche, duo formé avec le DJ britannique Riton. La house prend alors davantage de place. Une nouvelle étape semble commencer.

Et puis tout s’arrête.

Dans la nuit du 12 au 13 septembre 2011, DJ Mehdi se trouve avec des amis dans son loft parisien. Plusieurs personnes sont sur une partie vitrée du toit lorsqu’elle cède. Mehdi chute. D’autres personnes sont blessées. Transporté à l’hôpital, il meurt à seulement 34 ans.

La violence de l’accident est à la mesure de son absurdité.

Quelques instants auparavant, les amis riaient ensemble. Riton racontera des années plus tard cette soirée et l’effondrement soudain de la structure. Pour Pedro Winter, qui avait partagé avec Mehdi plus d’une décennie de musique et d’amitié, la disparition est un traumatisme.

Le plus vertigineux reste peut-être de regarder ce que DJ Mehdi avait accompli avant même d’avoir 35 ans.

Il avait participé à l’âge d’or du rap français. Il avait produit 113 et travaillé avec des artistes comme Kery James, Rohff, MC Solaar ou Akhenaton. Il avait ensuite accompagné l’explosion d’Ed Banger, travaillé dans l’environnement de Justice et côtoyé Daft Punk et Cassius. Enfin, avec Carte Blanche, il avait commencé une nouvelle aventure internationale.

Ce parcours pourrait donner l’impression de plusieurs carrières successives.

Il n’y en avait pourtant qu’une.

Mehdi n’avait pas abandonné le hip-hop pour devenir DJ électro. Il avait compris avant beaucoup d’autres que ces catégories étaient essentiellement des frontières inventées par l’industrie, les médias et parfois les publics.

Sa musique racontait exactement l’inverse.

Un beat pouvait venir du rap et finir dans un club. Une boîte à rythmes pouvait faire danser un public techno tout en conservant quelque chose du hip-hop. Un producteur issu des cités du rap français pouvait se retrouver au cœur de la French Touch internationale sans effacer son histoire.

C’est peut-être pour cela que DJ Mehdi reste une figure aussi particulière.

Il n’était pas simplement entre deux mondes.

Il avait compris qu’ils pouvaient n’en former qu’un.

Quinze ans après sa disparition, son histoire continue d’ailleurs d’être racontée. La série documentaire DJ Mehdi : Made in France, réalisée par Thibaut de Longeville et diffusée en 2024, a remis son parcours devant une nouvelle génération et montré l’importance considérable qu’il avait eue pour ceux qui l’avaient côtoyé.

DJ Mehdi est mort à 34 ans.

À cet âge-là, beaucoup d’artistes commencent seulement à comprendre quelle musique ils veulent faire.

Lui avait déjà contribué à écrire deux chapitres majeurs de la musique française.

Et peut-être commencé à en inventer un troisième.

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