Art of Juliette

Après le dernier trait.

🌍 READ THIS ARTICLE IN ENGLISH →

« Le dernier trait ne termine pas le dessin.
Il m’apprend à le quitter. »

Comment le corps revient-il au monde ordinaire après que la main a cessé de dessiner ?

🎧 Écouter cet article
Cliquez sur « Lire » pour écouter l’article.

Dessiner ne consiste pas seulement à
entrer dans un monde de formes et de
couleurs.
Il faut aussi apprendre à en sortir.

Le dernier trait arrête ma main, mais il ne
m’arrête pas tout entière. Mon regard
demeure sur la feuille. Mes doigts restent
près des couleurs. La pièce m’entoure,
encore lointaine.

Je range les crayons un à un.
Les jaunes retrouvent les jaunes, les verts
rejoignent les verts, les rouges, les violets, les
bleus reprennent leur place.
Mes mains poursuivent encore le dessin en
rassemblant les couleurs.

Je ne trace plus. Je classe. Prendre une
couleur, la déplacer, la poser : le geste
ressemble encore au dessin, mais déjà il m’en
éloigne. Chaque crayon remis à sa place
augmente imperceptiblement la distance.
Mers mains commencent le retour avant moi.

Le souffle ralentit.
Le regard retrouve la pièce.
Les bruits reviennent peu à peu.

Un son se détache, puis un autre. La lumière
redevient celle de la pièce. Je sens la chaise
sous mon corps, mes pieds contre le sol,
l’espace derrière mon dos. Rien n’avait
disparu. Pourtant, tout revient.

Je n’abandonne pas le dessin.
Je l’accompagne jusqu’à son silence.

La main, le regard, l’ouïe et le corps ne
reviennent pas ensemble. La main ne trace
déjà plus lorsque les couleurs retiennent
encore le regard. Les bruits reprennent leur
place avant que je sente entièrement mon
corps dans la pièce. Je reviens par décalages.

Alors seulement le monde ordinaire
reprend sa place.

Le dessin est toujours devant moi. C’est la
distance qui a changé. Quelques instants
auparavant, j’agissais encore parmi ses
formes. Maintenant, je peux les regarder sans
les toucher.

Le prochain dessin est déjà présent.
Il n’appelle encore aucun geste. Entre celui
que je viens de quitter et celui qui viendra,
mon corps retrouve son propre rythme.

Le dessin ne s’arrête jamais vraiment.
Il change simplement de rythme.

Vous réagissez à cet article

Votre réaction

« Après le dernier trait. »

Votre nom, votre e-mail et votre message concernent uniquement l’article affiché ci-dessus. L’e-mail n’est pas publié.

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Certains articles du Mague bénéficient d’un éclairage ponctuel et maîtrisé de l’intelligence artificielle.

💡 Vous aimez cet article ?
Partagez-le. Le Mague vit aussi grâce à ses lecteurs.
Facebook X Threads Copier pour Instagram Copier le lien Envoyer par mail
Instagram : lien à coller

Pour une story, une bio ou un message privé : copiez ce lien propre vers l’article.

Instagram ne permet pas toujours le partage direct d’une page web : ce bouton prépare le lien à coller en story, bio ou message.
Continuer sur Le Mague
Retrouvez plus souvent Le Mague sur Google

Ajoutez Le Mague à vos sources préférées pour favoriser son apparition dans vos actualités Google.

La suite sur Le Mague

Vous pourriez aussi aimer

D'autres articles à découvrir dans le même univers.

Les plus lus en ce moment