Les images sont troublantes : deux énormes blocs se font face, séparés par un espace étroit presque parfaitement vertical. Plus étrange encore, chacun repose sur une sorte de petit piédestal naturel, donnant à l’ensemble un équilibre assez improbable. Selon les sources, la formation mesure environ 6 à 8 mètres de haut et près de 9 mètres de large. Les couches de grès dont elle est issue remontent à environ 400 millions d’années.
Évidemment, Internet s’est emparé du phénomène. La régularité de la séparation a nourri toutes sortes de théories : civilisation disparue disposant d’une technologie inconnue, gigantesque outil de découpe et, inévitablement, intervention extraterrestre. Le mot « laser », très efficace pour faire circuler les vidéos, est ainsi devenu presque indissociable d’Al-Naslaa.
Mais aucun élément sérieux ne montre que la pierre a été découpée au laser ou même volontairement par l’être humain. L’explication privilégiée est géologique. Le grès peut se fracturer naturellement selon ce que les géologues appellent une diaclase, c’est-à-dire une cassure de la roche pouvant former des lignes remarquablement droites. Des mouvements tectoniques pourraient avoir ouvert ou accentué cette fracture.
Une fois la fissure créée, l’érosion aurait fait le reste. Pendant des milliers d’années, le vent chargé de sable, l’eau et les variations de température peuvent élargir et polir progressivement une fracture. Le même phénomène d’érosion permet d’expliquer les étonnants « pieds » sur lesquels reposent aujourd’hui les deux blocs.
Il reste toutefois une nuance importante : on connaît les mécanismes naturels capables de produire ce genre de formation, mais la succession exacte des phénomènes ayant donné à Al-Naslaa sa séparation particulièrement nette n’est pas établie avec certitude. Plusieurs scénarios sont proposés : diaclase naturelle, contraintes tectoniques, altération progressive de la roche et érosion éolienne. Dire que « personne ne sait comment cette pierre a été coupée » est donc excessif ; affirmer qu’un laser en est responsable l’est encore davantage.
Al-Naslaa possède d’ailleurs un autre intérêt, beaucoup moins spectaculaire sur TikTok mais historiquement considérable. Ses parois portent des inscriptions et représentations animales anciennes, certaines inscriptions étant datées d’environ 3 000 ans par Saudipedia. La région de Tayma fut pendant l’Antiquité un important lieu de passage des caravanes.
Et c’est peut-être précisément ce qui rend cette pierre aussi fascinante. Elle n’a pas besoin d’un laser extraterrestre pour être extraordinaire. Une fracture naturelle presque géométrique, travaillée pendant des millénaires par le désert, suffit à produire quelque chose qui, à nos yeux, paraît artificiel.





