Mais un chiffre revient depuis le déclenchement de l’affaire et mérite qu’on s’y arrête : l’impressionnant historique judiciaire de Mediapart. Selon son rapport d’activité 2025, le journal affirme avoir été confronté à plus de 300 procédures judiciaires depuis sa création en 2008. Sur cet ensemble, il ne compte que cinq condamnations pénales définitives. Ces données ont également été reprises le 30 septembre par France 24.
Il faut être précis : il ne s’agit pas de dire que Mediapart aurait remporté « plus de 300 procès en diffamation ». Le chiffre concerne l’ensemble des procédures auxquelles le média a été confronté. Mais le rapport entre le nombre de contentieux et celui des condamnations définitives reste particulièrement notable.
Et lorsqu’on regarde les cinq condamnations mentionnées par le journal, leur nature apporte une autre nuance. Mediapart les attribue à une erreur dans un article corrigée après sa découverte, à un délai jugé insuffisant pour permettre le contradictoire, à des propos contestés dans une interview, à la publication tardive d’un droit de réponse et, dans un cinquième dossier, à une base factuelle jugée insuffisante.
Autrement dit, l’historique judiciaire de Mediapart ne ressemble pas à celui d’un média régulièrement condamné pour avoir inventé de grandes affaires politiques. Cela ne signifie pas pour autant que le journal serait infaillible, ni surtout que les accusations concernant Jordan Bardella sont nécessairement exactes. Une réputation, aussi solide soit-elle, ne constitue jamais une preuve dans une affaire particulière.
Mais cet historique permet de relativiser un argument souvent utilisé lorsqu’une enquête embarrassante paraît : annoncer immédiatement une plainte en diffamation ne suffit pas à démontrer que l’enquête est fausse. Une plainte ouvre un contentieux ; elle ne préjuge pas de son résultat. Dans le cas présent, Bardella conteste l’authenticité des messages et Mediapart affirme au contraire les avoir authentifiés et recoupés. C’est précisément sur les pièces, leur provenance, leur authenticité et la méthode de vérification employée que se jouera le débat judiciaire.
L’histoire récente du journal explique aussi pourquoi cette plainte est observée avec attention. Mediapart s’est spécialisé depuis près de vingt ans dans les enquêtes sensibles mettant en cause des responsables politiques, économiques ou institutionnels. Certaines de ses révélations ont précédé des enquêtes judiciaires et des condamnations dans des dossiers majeurs. Cela ne permet toujours pas de conclure à l’avance sur l’affaire Bardella, mais cela interdit également de balayer l’enquête d’un simple « Mediapart ment ».
C’est peut-être là que les chiffres ont leur véritable importance. Ils ne prouvent pas les accusations visant Jordan Bardella. Ils montrent en revanche que les enquêtes de Mediapart ont été soumises à un contentieux judiciaire extrêmement important depuis 2008 sans conduire, jusqu’ici, qu’à cinq condamnations pénales définitives selon le bilan publié par le journal. Dans cette nouvelle affaire, le verdict ne viendra donc ni d’un communiqué du RN ni de la réputation de Mediapart, mais des documents eux-mêmes et, désormais, de leur examen par la justice.
En attendant, une chose peut être dite sans extrapolation : l’annonce d’une plainte contre Mediapart est beaucoup moins exceptionnelle que les condamnations définitives du média.





