Né à Lille en 1939, passé par les Beaux-Arts puis par le cours Dullin et le TNP de Jean Vilar, Bernard Verley avait commencé à jouer au début des années 1960. Sa carrière aura finalement traversé plus de six décennies, le cinéma, le théâtre et la télévision, avec cette particularité assez rare : pouvoir être aussi crédible en jeune premier qu’en bourgeois inquiétant, en père de famille, en notable ou en personnage beaucoup plus sombre.
Pour les cinéphiles, il restera d’abord Frédéric dans L’Amour l’après-midi d’Éric Rohmer, en 1972. Il y occupe le premier rôle du dernier des Contes moraux, incarnant avec une formidable retenue cet homme installé dans sa vie conjugale et soudain confronté au désir, au doute et à la possibilité de tout bouleverser. Plus d’un demi-siècle après sa sortie, le film demeure indissociable de son visage et de cette manière très particulière qu’avait Verley de laisser apparaître les contradictions d’un personnage sans jamais les surligner.
Mais réduire Bernard Verley à Rohmer serait oublier l’incroyable liste de cinéastes qui lui ont fait confiance. Luis Buñuel le dirige dans La Voie lactée, où il interprète Jésus, puis dans Le Fantôme de la liberté. Il tourne également avec Jean-Luc Godard dans Hélas pour moi, Patrice Chéreau dans La Reine Margot, Claude Chabrol dans Au cœur du mensonge, Claude Miller, Claude Berri, Pascale Ferran ou encore Pascal Thomas.
Il avait pourtant interrompu sa carrière d’acteur pendant près d’une décennie pour se consacrer à la production. Là encore, son parcours dit quelque chose du personnage : Bernard Verley ne voulait pas seulement être devant la caméra. Il s’intéressait au cinéma lui-même et aux autres cinéastes. Il participa notamment à la production de La Terre au ventre de Tony Gatlif et de Nord, premier long métrage de Xavier Beauvois, qui accompagna aussi son retour comme comédien.
Les années passant, son physique et sa présence avaient changé, mais pas cette capacité à occuper immédiatement l’écran. Le jeune premier était devenu l’un des seconds rôles les plus reconnaissables du cinéma français. Lady Chatterley, Rodin, La Dilettante, Au cœur du mensonge : Bernard Verley pouvait apparaître quelques minutes et donner instantanément une histoire à son personnage.
Une nouvelle génération l’avait également découvert à la télévision dans Malone, Dix pour cent ou Capitaine Marleau. Il appartenait à cette catégorie précieuse de comédiens capables de traverser les époques sans devenir leur propre caricature.
En 2019, François Ozon lui confie dans Grâce à Dieu l’un des rôles les plus difficiles de sa carrière : celui du père Bernard Preynat. Bernard Verley accepte d’incarner cet homme accusé d’agressions sexuelles sur de jeunes scouts, dans un film consacré à la parole des victimes et au scandale qui secoua l’Église catholique. À l’annonce de sa mort, Ozon a salué un « grand acteur, producteur et soutien des jeunes cinéastes » et rappelé combien ce rôle avait été compliqué à interpréter.
C’est peut-être cette absence d’esbroufe qui caractérisait le mieux Bernard Verley. Il n’avait pas besoin de prendre toute la lumière pour exister à l’écran. Il était là. Une voix, une silhouette, un regard, et le personnage commençait à vivre.
On parle souvent des « seconds rôles » comme s’ils étaient secondaires. Ils ne le sont jamais lorsqu’ils sont interprétés par de grands acteurs. Sans eux, les films perdent leur chair, leur profondeur, parfois même leur vérité. Bernard Verley était de ceux-là — tout en ayant prouvé, chez Rohmer notamment, qu’il pouvait également porter un film entier.
Son visage aura accompagné plus de soixante ans de cinéma français, de Buñuel et Rohmer jusqu’à Ozon, en passant par Godard, Chéreau, Chabrol et tant d’autres.
Bernard Verley n’était peut-être pas une star au sens tapageur du terme. Il était mieux que cela : un acteur. Un vrai. De ceux dont on reconnaît immédiatement le visage et dont on réalise, lorsqu’ils disparaissent, qu’ils étaient là depuis toujours.
Le Mague salue sa mémoire et adresse ses pensées à sa famille et à ses proches.





