Les chiffres actuels sont incontestables en tant que mesure de l’opinion du moment. Dans l’enquête Ipsos bva publiée début septembre, Marine Le Pen recueille entre 34 et 36 % des intentions de vote selon les scénarios. Jean-Luc Mélenchon se situe entre 15 et 17 %. Édouard Philippe obtient entre 14,5 et 16,5 % lorsqu’il est en concurrence avec Gabriel Attal, mais grimpe entre 19 et 22,5 % lorsqu’il représente seul son camp. (Ipsos)
Autrement dit, contrairement à l’impression que peut donner le commentaire politique quotidien, le deuxième tour n’est absolument pas écrit.
Mon hypothèse est même que nous traversons actuellement davantage une période de réaction qu’une période de stabilisation politique. Une partie des intentions de vote exprime une colère, une inquiétude et une volonté de rupture extrêmement fortes. L’enquête électorale Ipsos de septembre va dans ce sens : 59 % des personnes interrogées choisissent « l’inquiétude » pour décrire leur état d’esprit, 51 % « l’incertitude » et 30 % « la colère ». Seulement 17 % citent « l’espoir ». (Ipsos)
Cela ne signifie évidemment pas que les électeurs de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon voteraient uniquement par colère. Le vote RN repose notamment sur un socle particulièrement solide : Ipsos mesure actuellement une fidélité supérieure à 90 % parmi les électeurs de Marine Le Pen de 2022. (Ipsos)
Mais une présidentielle ne se déroule pas dans un laboratoire. Sept mois constituent une éternité politique. Une campagne commence véritablement, les candidatures se précisent, certaines disparaissent, les alliances se recomposent et les électeurs qui répondent aujourd’hui à une enquête peuvent parfaitement changer d’avis.
C’est particulièrement vrai pour le centre. Les chiffres montrent combien sa fragmentation pèse actuellement sur son potentiel électoral. Édouard Philippe est crédité de 14,5 à 16,5 % lorsqu’il affronte également Gabriel Attal, mais peut atteindre 22,5 % lorsqu’il devient le seul représentant de ce bloc dans certaines configurations testées. (Ipsos)
C’est là que je prends le risque d’un pronostic personnel : je ne crois pas que la photographie actuelle sera celle du premier tour.
Je pense qu’après cette période de très forte polarisation pourrait venir une phase de normalisation. Lorsque l’élection deviendra concrète et qu’il ne s’agira plus seulement d’exprimer un mécontentement mais de choisir un président, des candidatures moins radicales pourraient retrouver une place beaucoup plus importante qu’aujourd’hui.
Cela pourrait profiter à une personnalité centriste, à un héritier politique du macronisme ou à une candidature encore capable de recomposer cet espace. Cela pourrait également ne pas se produire : rien, dans les données disponibles aujourd’hui, ne permet de l’affirmer.
Et c’est précisément le piège des sondages lorsqu’on les transforme en prophéties. Ils ne disent pas ce que feront les Français dans sept mois. Ils indiquent ce qu’ils déclarent qu’ils feraient aujourd’hui dans une liste de candidats et une configuration déterminées.
La différence est considérable.
Peut-être assisterons-nous effectivement à un second tour issu des deux pôles les plus contestataires du paysage politique. Peut-être au contraire découvrirons-nous que septembre 2026 représentait le sommet d’une colère avant une recomposition.
Les sondages racontent très bien le présent. Ils ne connaissent pas encore le printemps 2027.





