Certaines présences ne se voient pas.
Elles agissent pourtant.
Il y a des jours où la douceur devient une
discipline, une infusion, quelques couleurs, une
musique.
Rien ne fait disparaître la douleur. Quelque chose
peut pourtant apparaître à côté d’elle.
Je me prépare une infusion coco-vanille.
Ce n’est plus la volonté qui agit, c’est la
discipline qui prend doucement le relais.
Elle me conduit jusqu’au dessin.
Le froid humide est dehors.
Je le reconnais aussi à l’intérieur de moi.
Je sais pourtant qu’il y aura des jours meilleurs.
En attendant, il suffit de traverser celui-ci.
Je porte, je soulève, je demeure.
Je reste dans ce jour avec ce qui pèse et ce qui,
malgré tout, continue de me parvenir.
Mozart est avec moi.
Sa musique est une matière invisible, une
forme, une couleur.
Chaque note traverse mon sternum.
Elle se diffuse dans tout mon corps comme une
vapeur rose, une chaleur tendre, une présence
sans visage.
Un orchestre invisible se déploie autour de moi.
Il ne retire rien à ma douleur, mais il lui offre un
contrepoint.
La douleur est toujours là. La musique aussi. Elles
ne se succèdent pas. Elles existent au même
instant. L’une serre, l’autre se diffuse. Deux
intensités traversent le même corps sans se
confondre.
Dans le dessin, je retrouve cette coexistence. Une
ligne peut en rencontrer une autre sans la faire
disparaître. Une couleur peut répondre à une
autre sans la recouvrir. La feuille peut les recevoir
ensemble.
Le contrepoint ne retire rien à ce qui est là. Il
permet à autre chose d’exister en même temps.





