Santé-Bien être

Pourquoi observe-t-on davantage de cancers chez les enfants ?

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Le constat est inquiétant : les cancers pédiatriques semblent plus présents dans les statistiques et certains types de tumeurs connaissent effectivement une augmentation. Mais parler d’une explosion générale des cancers chez l’enfant serait, en l’état actuel des connaissances, scientifiquement excessif.

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En France, environ 2 260 nouveaux cancers sont diagnostiqués chaque année chez les moins de 18 ans. Les leucémies représentent environ 26 % des cas, les tumeurs du système nerveux central 25 % et les lymphomes 15 %. Le cancer pédiatrique reste donc une maladie rare.

Une étude publiée par Santé publique France en septembre 2026 apporte toutefois un élément nouveau. Entre 2000 et 2020, l’incidence des tumeurs du système nerveux central chez les enfants de moins de 15 ans a augmenté en moyenne de 0,93 % par an. Mais les chercheurs soulignent immédiatement qu’une partie importante de cette progression s’explique par l’amélioration du diagnostic, une surveillance accrue de certaines populations à risque et des modifications dans la classification des tumeurs. Autrement dit, nous découvrons aujourd’hui des cancers qui auraient parfois été moins bien identifiés ou classés vingt ans auparavant.

Alors, qu’est-ce qui provoque un cancer chez un enfant ? C’est précisément l’une des grandes énigmes de la cancérologie. Contrairement aux cancers de l’adulte, il est rarement possible de les relier au tabac, à l’alcool, à l’alimentation ou à plusieurs décennies d’exposition professionnelle. Selon l’Organisation mondiale de la santé, la cause de la majorité des cancers infantiles demeure inconnue. Environ 8 à 10 % seraient liés à une prédisposition génétique héréditaire.

Beaucoup de cancers pédiatriques commencent par des anomalies génétiques apparaissant spontanément pendant le développement de l’enfant, parfois même avant sa naissance. Une cellule acquiert une modification génétique, puis d’autres anomalies peuvent survenir et conduire à sa multiplication incontrôlée. Il ne faut donc pas systématiquement chercher un responsable extérieur identifiable.

Des facteurs environnementaux sont néanmoins étudiés de très près. L’un des rares facteurs incontestablement cancérogènes chez l’enfant est l’exposition importante aux rayonnements ionisants. Les enfants sont d’ailleurs plus sensibles aux radiations que les adultes. Certaines études ont également observé une augmentation du risque après des doses relativement importantes de rayonnements médicaux, raison pour laquelle scanners et examens irradiants sont désormais utilisés avec davantage de précautions en pédiatrie.

Les pesticides font également partie des pistes étudiées, notamment pour les leucémies. Le Centre international de recherche sur le cancer relève des indices concernant certaines expositions professionnelles des parents aux pesticides. Mais ces associations ne permettent pas encore d’affirmer que les pesticides expliqueraient une hausse globale des leucémies infantiles. De nombreux autres facteurs environnementaux ont été étudiés sans qu’un responsable majeur ait, jusqu’à présent, été démontré.

Certaines infections jouent aussi un rôle dans des cancers particuliers. Le virus d’Epstein-Barr, le VIH ou, dans certaines régions du monde, le paludisme sont associés à un risque accru de certains cancers infantiles. Là encore, ils n’expliquent qu’une fraction des cas.

Il existe enfin un phénomène statistique à ne pas sous-estimer : nous dépistons mieux. L’imagerie est plus performante, la génétique moléculaire permet de caractériser des tumeurs autrefois difficiles à identifier et les registres nationaux recensent les cancers avec une précision croissante. Une augmentation du nombre de diagnostics ne signifie donc pas automatiquement que davantage d’enfants développent réellement un cancer.

Cela ne veut pas dire qu’il n’existe aucun effet environnemental encore inconnu. Au contraire. L’âge extrêmement jeune de certains patients laisse penser que des événements survenus pendant la grossesse, les premières années de vie ou même dans les cellules reproductrices des parents pourraient jouer un rôle dans certains cancers. C’est pourquoi les chercheurs étudient notamment les expositions professionnelles parentales, les polluants, les pesticides, les radiations, les infections et les mécanismes immunitaires. Mais, pour l’instant, aucune de ces pistes ne permet d’expliquer à elle seule une prétendue recrudescence générale.

À l’échelle mondiale, plus de 275 000 cancers ont été diagnostiqués en 2024 chez les moins de 20 ans selon le Centre international de recherche sur le cancer, et le nombre réel pourrait être supérieur en raison du sous-diagnostic dans de nombreux pays.

Le paradoxe est donc là : la médecine sait aujourd’hui remarquablement bien traiter de nombreux cancers infantiles, avec plus de 80 % de guérisons dans les pays disposant de systèmes de soins performants, mais elle ignore toujours pourquoi la majorité de ces cancers apparaissent.

La question scientifique la plus juste n’est peut-être donc pas encore « pourquoi les enfants ont-ils de plus en plus de cancers ? », mais plutôt : quelle part de l’augmentation observée correspond à une hausse réelle du risque, quelle part provient de meilleurs diagnostics, et quels facteurs environnementaux ou biologiques nous échappent encore ?*

C’est précisément ce que la recherche doit désormais départager.

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