Son raisonnement repose sur une probabilité annuelle. Il évoque une estimation d’environ 1 % par an pendant la guerre froide, puis situe le risque actuel autour de 2 % par an, soit une chance sur cinquante chaque année. Il qualifie lui-même ce calcul de « grossier » et reconnaît qu’il ne s’agit pas d’une évaluation rigoureuse. En appliquant ce risque année après année, il obtient une durée moyenne d’environ 35 ans avant une guerre nucléaire. Cette moyenne ne signifie pas qu’une catastrophe surviendra nécessairement à cette échéance : elle traduit la façon dont un risque cumulatif peut peser sur le temps.
Pourquoi cette inquiétude ? Gross cite l’affaiblissement des accords de contrôle des armements, la multiplication des puissances nucléaires et les tensions internationales. Il redoute aussi l’automatisation croissante des systèmes d’armes. Si des décisions militaires critiques devaient être prises par des logiciels ou par des systèmes d’intelligence artificielle, une erreur pourrait, selon lui, accélérer une escalade avant qu’un humain puisse intervenir.
La formule circule facilement parce qu’elle condense une angoisse ancienne en une échéance spectaculaire. Pourtant, l’intérêt de l’entretien tient moins à l’idée que « la fin est proche » qu’à l’avertissement politique qu’il porte : les arsenaux nucléaires existent toujours, et leur danger dépend aussi de décisions humaines. Gross insiste d’ailleurs sur le fait que ce risque peut être réduit par le dialogue et par des mesures concrètes entre États.
Il faut donc lire cette déclaration pour ce qu’elle est : le signal d’alarme d’un physicien inquiet, appuyé sur une estimation contestable et non sur un consensus annonçant la disparition de l’humanité dans cinquante ans. La phrase fait peur ; la question qu’elle soulève est plus utile : comment éviter qu’un risque faible à l’échelle d’une année devienne, par accumulation et par imprudence, une menace majeure pour les générations à venir ?





