Le cas de Sarah Knafo est particulièrement intéressant parce qu’elle ne cache pas avoir utilisé l’IA pour préparer Le Casse du siècle, publié chez Fayard le 2 septembre 2026. Le livre compte 286 pages selon la fiche de l’éditeur et se présente comme une vaste enquête consacrée notamment aux dépenses publiques.
Interrogée directement par *Le Point* sur la question « Vous avez employé l’IA pour écrire ce livre ? » Sarah Knafo apporte une réponse beaucoup plus nuancée qu’un simple oui ou non.
Elle explique avoir utilisé Perplexity pour vérifier des chiffres et des sources. Elle indique également s’être servie de Codex et Claude Code afin de créer des simulateurs de baisses d’impôts. En revanche, elle affirme ne pas avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour rédiger son livre, expliquant aimer trop écrire pour cela.
Il faut donc être précis : rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que l’IA a écrit *Le Casse du siècle.
Mais l’histoire devient justement intéressante à cet endroit.
Car qu’est-ce qu’écrire un livre ?
Est-ce seulement produire les phrases qui apparaîtront finalement sur le papier ?
Pendant des siècles, le travail d’un auteur d’essai consistait également à chercher des documents, croiser des informations, vérifier des chiffres, effectuer des calculs, construire des hypothèses puis organiser cette matière avant de l’écrire.
Or une partie de ce travail peut désormais être considérablement accélérée par les intelligences artificielles.
Dans le cas de Sarah Knafo, l’IA n’aurait donc pas tenu la plume. Mais elle a participé, selon ses propres déclarations, à certaines étapes situées en amont de la rédaction.
La distinction est importante.
Utiliser une calculatrice pour vérifier un pourcentage ne signifie évidemment pas qu’une calculatrice a écrit votre livre. Utiliser un moteur de recherche non plus. Mais les nouveaux outils d’IA vont beaucoup plus loin : ils peuvent rechercher, synthétiser, confronter des informations, produire du code et construire des outils permettant d’explorer des données.
La frontière entre outil documentaire et collaborateur intellectuel devient donc beaucoup moins évidente.
Et cette question dépasse largement Sarah Knafo.
Dans quelques années, demander à un écrivain « Avez-vous utilisé l’IA ? » paraîtra peut-être aussi étrange que de lui demander aujourd’hui s’il a utilisé Google, Wikipédia, Excel ou un correcteur orthographique.
La vraie question pourrait devenir : qu’avez-vous demandé à l’IA de faire ?
Trouver une source ? Vérifier un chiffre ? Résumer cent rapports ? Construire une simulation ? Proposer un plan ? Réécrire une phrase ? Rédiger un chapitre entier ?
Ce ne sont évidemment pas les mêmes usages.
Sarah Knafo fournit d’ailleurs ici une information intéressante en donnant précisément les outils employés et leur fonction. Cela permet au lecteur de distinguer le travail revendiqué par l’autrice de celui confié aux machines.
Son utilisation de l’intelligence artificielle ne s’arrête d’ailleurs pas au travail préparatoire du livre. Sa communication autour du Casse du siècle a également utilisé publiquement des contenus générés avec l’aide de l’IA.
Mais cela ne démontre toujours pas que son texte aurait été rédigé par une machine.
Et c’est peut-être précisément là que se situe le débat qui arrive.
Nous sommes probablement parmi les dernières générations à considérer qu’il existe une frontière parfaitement nette entre écrire seul et écrire avec une machine.
Demain, cette frontière sera faite de dizaines de nuances.
*Le Casse du siècle* offre finalement un exemple assez révélateur de cette nouvelle époque : un livre dont l’autrice revendique pleinement l’écriture, mais dont une partie du travail documentaire et technique a bénéficié de l’intelligence artificielle.
Ce n’est pas un livre dont nous pouvons dire qu’il a été écrit par l’IA.
C’est quelque chose de beaucoup plus contemporain, et probablement beaucoup plus intéressant :
un livre écrit par une humaine qui travaille déjà dans un monde où l’intelligence artificielle fait partie de la boîte à outils de l’auteur.





