Certaines blessures ne font pas de bruit.
Le visage reste immobile. La voix ne tremble pas.
Les gestes continuent.
On me croit souvent calme.
Je parle peu, je pleure rarement, mais mes
tempêtes n’ont jamais eu besoin de devenir
visibles.
Elles traversent le silence.
Ce que l’on voit de moi ne donne pas la mesure de
ce qui me traverse.
Je peux être devant une feuille, presque immobile,
alors que tout mon corps est tendu.
Le dessin commence dans cette contradiction.
Ma main ne raconte pas ce que je ressens. Elle en
subit les variations.
J’appuie davantage. Je ralentis. Je m’attarde.
Ailleurs, le geste accélère.
Je ne cherche pas ces changements.
Je les constate.
Mon dessin peut rester précis alors que je suis
bouleversée.
Il peut être rigoureux alors que je me sens
déstabilisée.
Il peut sembler calme alors que mon corps ne
l’est pas.
Le réel s’est fracturé.
Cette fracture ne se voit pas.
Je ne cherche pas à la représenter.
Je regarde ses conséquences dans mon geste : la
pression exercée sur la pointe, la vitesse de la
main, le temps passé au même endroit, l’instant
où je m’arrête.
Ce qui se passe à l’intérieur n’apparaît pas comme
une image.
Il agit.
Le dessin ne dévoile pas ce que mon visage
cacherait. Il me permet d’observer comment un
état invisible agit sur un geste visible.
Je peux sembler calme et être traversée par
une secousse.
Ces deux réalités existent au même instant.
Mes tempêtes n’ont jamais eu besoin de
devenir visibles.
Elles sont déjà dans la manière dont ma main
touche le papier.





