En 2016, Alain Sauter est enseignant-chercheur en géographie. Il prépare à la Sorbonne un cours consacré à l’histoire de la cartographie lorsqu’il fait une découverte étrange : la fabrication artisanale de globes terrestres a pratiquement disparu en France. Le dernier fabricant français avait cessé son activité plusieurs décennies auparavant.
Pour beaucoup, l’information aurait constitué une anecdote intéressante à raconter aux étudiants. Pour Alain Sauter, elle devient une obsession.
Il cherche comment les anciens fabriquaient ces objets. Il fouille la documentation, remonte jusqu’à L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert et commence à expérimenter. Son premier terrain d’exploration n’est pas un atelier prestigieux mais une cave à Besançon. Ballon de plage, plâtre, essais, erreurs. Son premier globe, racontera-t-il plus tard, était « rond comme une patate ». Il lui faudra plus d’un an de recherches et d’expérimentations pour parvenir à un résultat satisfaisant.
Puis il fait quelque chose d’encore plus improbable : il quitte l’université.
Il abandonne la sécurité du monde académique pour exercer un métier qui, précisément, n’existe quasiment plus.
Aujourd’hui, à Besançon, Globe Sauter & Cie est devenue une petite manufacture de six personnes. On y fabrique des globes terrestres et célestes à la main, en mêlant cartographie, plâtre, ébénisterie et aquarelle. Des centaines de globes quittent désormais chaque année l’atelier pour rejoindre leurs propriétaires à travers le monde.
L’histoire pourrait s’arrêter à la renaissance spectaculaire d’un savoir-faire. Mais quelque chose de plus profond nous intéresse chez Alain Sauter.
Nous vivons à l’époque de Google Maps. Quelques mouvements de doigts permettent de survoler Tokyo, de descendre une rue de Buenos Aires ou de regarder la Terre depuis l’espace. Jamais l’humanité n’a disposé d’une représentation aussi précise et accessible de sa planète. Et c’est exactement à ce moment-là qu’un homme décide de passer des heures à fabriquer une Terre en plâtre et à la peindre à la main.
L’objet devenu technologiquement inutile retrouve alors une autre fonction : faire rêver.
Alain Sauter le dit lui-même : à l’heure de Google Earth, le globe a perdu une partie de sa fonction d’atlas mais gagné sa capacité à devenir un bel objet, porteur d’imaginaire.
Ses créations ont depuis trouvé leur chemin jusque dans des institutions prestigieuses. Le château d’Amboise lui a notamment commandé un globe inspiré de ceux que pouvaient connaître les explorateurs il y a cinq siècles. La manufacture a également reçu plusieurs distinctions dans les métiers d’art.
Alors pourquoi commencer Les 100 Inconnus avec lui ?
Parce qu’Alain Sauter raconte exactement ce que nous voulons chercher pendant cette aventure : des êtres humains qui, quelque part en France, consacrent une partie considérable de leur existence à quelque chose que la plupart d’entre nous ignorent.
Pendant que le monde accélère, certains travaillent lentement.
Pendant que nous jetons, certains fabriquent des objets destinés à traverser les générations.
Pendant que nous regardons la planète sur un écran, Alain Sauter continue de la fabriquer avec ses mains.
Bienvenue parmi Les 100 Inconnus du Mague.
Et maintenant nous cherchons les 99 autres.
Vous connaissez une femme ou un homme dont l’histoire mérite d’être racontée ? Un inventeur oublié, une artiste invisible, un collectionneur insensé, une scientifique de l’ombre, un artisan exerçant un métier disparu, quelqu’un qui construit depuis trente ans une œuvre dans son jardin ou simplement une personne dont vous vous êtes déjà demandé : « Pourquoi personne ne connaît son histoire ? »
Écrivez au Mague.
Parce que les gens les plus intéressants ne sont pas nécessairement ceux que tout le monde connaît.
