Littéraire

Après Thélyson Orélien, la chasse aux écrivains assistés par IA est ouverte...

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Il y a fort à parier que Thélyson Orélien ne sera pas le dernier. Il pourrait même être le premier nom français d’une longue série. Depuis que l’auteur de C’était ça ou mourir est accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire son roman, ce qu’il conteste, une nouvelle activité vient de faire son entrée dans le monde littéraire : passer les livres des autres à la moulinette des détecteurs d’IA.

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L’affaire est partie d’un compte anonyme sur X, « Balance ton Claude », qui affirme avoir soumis des passages du roman à Pangram, un logiciel destiné à repérer les textes générés par intelligence artificielle. Le résultat aurait été suffisamment élevé pour nourrir l’accusation. Grasset, de son côté, soutient fermement son auteur. Orélien conteste l’interprétation de son écriture et rappelle notamment que certains procédés stylistiques qui lui sont reprochés appartiennent à une tradition littéraire haïtienne et caribéenne.

Mais le verrou vient de sauter.

Car maintenant que la méthode existe, pourquoi s’arrêter à Orélien ? Il suffit d’acheter un roman, d’en copier quelques passages, de les soumettre à plusieurs détecteurs et de publier les résultats sur les réseaux sociaux. Les succès de librairie, les romans primés et les auteurs dont le style paraît soudain « trop propre », « trop répétitif » ou « trop parfait » risquent de devenir des cibles privilégiées.

Ce phénomène existe déjà à l’étranger. Des auteurs ont vu leurs publications ou leurs contrats remis en cause à la suite de soupçons concernant l’utilisation d’intelligence artificielle. Le cas de Mia Ballard a notamment conduit à l’annulation d’une publication américaine ; elle a contesté avoir elle-même utilisé l’IA. L’auteur Jerry Falade a lui aussi contesté des accusations similaires après l’annulation d’un contrat.

Nous risquons donc d’assister à quelque chose d’assez fascinant et d’assez inquiétant : une véritable chasse au texte artificiel.

Car il existe un problème énorme. Les détecteurs ne sont pas des machines à vérité. Même les outils réputés performants reconnaissent une marge d’erreur. Des chercheurs soulignent également les difficultés méthodologiques de ce type de détection. Un texte signalé comme probablement généré par une IA n’équivaut donc pas, à lui seul, à une preuve irréfutable qu’un écrivain a fait écrire son livre par une machine.

Et voilà le paradoxe : nous demandons désormais à une intelligence artificielle de déterminer si un humain est suffisamment humain.

Cela pourrait devenir vertigineux.

Prenons un écrivain qui utilise ChatGPT pour rechercher une information historique. Est-ce encore son livre ? Évidemment. Un autre lui demande de corriger vingt fautes dans un chapitre. Est-ce de l’écriture artificielle ? Un troisième lui soumet une phrase et demande dix formulations différentes avant d’en choisir une puis de la réécrire. Où commence exactement la collaboration avec la machine ? À partir de quel pourcentage faudrait-il prévenir le lecteur ? 1 % ? 10 % ? 40 % ?
Et pourquoi l’écrivain serait-il soumis à une pureté technologique que nous n’exigeons déjà plus dans la plupart des autres domaines de création ?

Un photographe travaille avec autofocus, logiciels de développement, réduction numérique du bruit et retouches. Un musicien utilise des synthétiseurs, des échantillons et des logiciels capables de corriger une voix. Un cinéaste construit aujourd’hui un film avec des dizaines d’outils numériques. Nous continuons pourtant à parler de photographie, de musique et de cinéma.
La littérature devra probablement, elle aussi, définir ce qui relève de l’outil et ce qui relève de l’auteur.

Mais le danger immédiat est ailleurs : celui du soupçon permanent. Une accusation anonyme peut désormais précéder l’enquête, et le résultat d’un logiciel devenir une pièce à conviction médiatique avant même que sa fiabilité et les conditions du test aient été sérieusement examinées. L’affaire Orélien montre à quelle vitesse ce mécanisme peut s’emballer : quelques publications sur les réseaux sociaux ont suffi pour transformer une interrogation technique en affaire nationale.
Le monde de l’édition n’était manifestement pas préparé. Plusieurs maisons interrogées récemment expliquent ne pas utiliser systématiquement de détecteurs pour examiner les manuscrits ; dans beaucoup de cas, la relation entre l’auteur et l’éditeur repose encore largement sur la confiance. Dans le même temps, Robert Laffont prévoit déjà pour 2027 la publication d’un roman de Sébastien Bailly dont l’utilisation de l’IA dans le processus créatif sera explicitement annoncée.
Voilà probablement la véritable révolution.

La question ne sera bientôt plus : « Des écrivains utilisent-ils l’intelligence artificielle ? »
Bien sûr que certains l’utilisent.

La vraie question sera : qu’est-ce qu’écrire veut encore dire lorsque la machine devient un outil parmi les autres ?

Et pendant que les éditeurs, jurys littéraires et écrivains chercheront la réponse, une autre profession risque de connaître une croissance spectaculaire : celle des chasseurs d’IA.
Après Thélyson Orélien, ils ont désormais des milliers de romans à tester.
Et peut-être autant d’auteurs à accuser.

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