Née à Clichy en 1938 dans une famille d’artistes d’origine russe, fille d’un chanteur d’opéra et d’une danseuse, Marina Vlady avait d’abord été formée à la danse avant de se retrouver très jeune devant une caméra. Elle n’avait que onze ans lorsqu’elle débuta au cinéma. Très vite, les réalisateurs comprirent qu’ils avaient devant eux davantage qu’une jeune première. André Cayatte lui offre un rôle important dans Avant le déluge, puis viennent Giuseppe De Santis, Robert Hossein, André Michel, Jean Delannoy, Marco Ferreri, Orson Welles, Jean-Luc Godard, Bertrand Tavernier ou Ettore Scola. Une filmographie qui raconte à elle seule plusieurs décennies de cinéma européen.
Elle fut évidemment l’inoubliable Princesse de Clèves de Jean Delannoy. Elle avait alors cette beauté presque irréelle que le cinéma des années 1960 savait encore filmer lentement, sans chercher à l’expliquer. Mais elle pouvait tout aussi bien entrer dans l’univers mordant de Marco Ferreri : son interprétation dans Le Lit conjugal lui valut le prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 1963. Puis elle fut chez Orson Welles dans Falstaff, chez Godard dans Deux ou trois choses que je sais d’elle, chez Tavernier dans Que la fête commence et chez Jacques Rouffio dans Sept morts sur ordonnance.
Ce parcours dit quelque chose de Marina Vlady : elle aurait pu se contenter d’être une star. Elle préféra être une actrice. Elle pouvait traverser le cinéma populaire puis disparaître dans une œuvre beaucoup plus étrange, politique ou exigeante. Elle ne semblait jamais totalement appartenir au système qui l’avait rendue célèbre. Là où d’autres construisaient méthodiquement leur image, elle donnait le sentiment de poursuivre autre chose.
Sa vie fut d’ailleurs bien plus vaste que le cinéma. Il y eut le théâtre, la chanson, l’écriture et les engagements. Et il y eut surtout cette relation devenue presque légendaire avec Vladimir Vyssotski, immense poète, acteur et chanteur soviétique qu’elle épousa en 1970. Sa mort en 1980 la marqua profondément. Quelques années plus tard, Marina Vlady lui consacra Vladimir ou le Vol arrêté, livre bouleversant dans lequel l’icône de cinéma disparaissait derrière une femme confrontée à l’amour, à l’absence et à la mémoire.
C’est peut-être cela qui la rendait si singulière. Marina Vlady avait vécu plusieurs vies sans jamais donner l’impression d’en faire un spectacle. Le cinéma, Moscou, Paris, les amours, les deuils, les combats politiques, les livres : tout semblait avoir laissé quelque chose sur son visage. Elle ne cherchait pas à effacer le temps. Et lorsqu’elle vieillissait, elle restait belle précisément parce qu’elle ne ressemblait plus à la jeune femme que le cinéma avait autrefois transformée en icône.
Il y avait chez Marina Vlady quelque chose que notre époque produit de moins en moins : du mystère. Elle n’était pas une personnalité fabriquée par la communication permanente. Elle pouvait se retirer, revenir, écrire, parler lorsqu’elle avait quelque chose à dire et laisser le silence faire le reste. Cette réserve donnait encore davantage de poids à sa présence.
On retiendra ses films, évidemment. On retiendra La Princesse de Clèves, Le Lit conjugal, Falstaff, Godard, Ferreri, Hossein, Tavernier. Mais les grands acteurs laissent autre chose derrière eux que des titres alignés dans une filmographie. Ils laissent une manière de regarder, de marcher, de se taire. Quelques secondes d’un visage sur un écran suffisent alors à faire revenir une époque entière.
Marina Vlady était de ces visages-là.
Une actrice unique, libre, cultivée, profondément européenne, qui avait connu la lumière sans jamais devenir superficielle. Une très belle femme, oui. Mais surtout une femme dont la beauté semblait contenir une histoire.
Et c’est sans doute pour cela qu’elle restera.
Marina Vlady en 1955 — Studio Harcourt / Wikimedia Commons — CC BY 3.0 FR





