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Au Royaume-Uni, le gouvernement remet la classe sociale au cœur de la politique d’égalité

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Au Royaume-Uni, le gouvernement remet la classe sociale au cœur de la politique d’égalité
Pendant des années, les politiques publiques d’égalité dans les démocraties occidentales ont surtout parlé de sexe, d’origine, de handicap, de discriminations raciales ou d’orientation sexuelle. Le Royaume-Uni vient d’ajouter explicitement une autre vieille fracture à cette cartographie : la classe sociale. Le gouvernement britannique a annoncé le 9 septembre la création de sa première « Class Unit », une cellule gouvernementale chargée spécifiquement de travailler sur les inégalités liées au milieu social et économique.

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La formulation peut sembler presque banale. Elle l’est beaucoup moins politiquement. Cette nouvelle structure doit prendre place au sein de l’Office for Equality and Opportunity, à côté des unités travaillant notamment sur les questions de race, de droits des femmes, de handicap et de personnes LGBT+. En installant la classe sociale dans cette architecture, le gouvernement britannique reconnaît donc officiellement que l’endroit où l’on naît, le revenu des parents, le quartier dans lequel on grandit ou le niveau social d’une famille constituent eux aussi des déterminants majeurs de l’existence.

La ministre chargée des Femmes et des Égalités, Bridget Phillipson, assume clairement ce déplacement. Selon elle, le Royaume-Uni a été trop longtemps réticent à parler directement de classe sociale. La nouvelle unité doit notamment s’intéresser aux différences de réussite scolaire, d’accès à l’emploi, de santé, de recours aux services publics et, plus largement, aux chances offertes selon le milieu dans lequel une personne a grandi.

Le sujet devient encore plus intéressant lorsqu’on regarde l’un des débats qui accompagne cette annonce. Selon le Guardian, le gouvernement souhaite notamment mieux prendre en compte la situation des populations blanches issues des classes populaires, certains indicateurs scolaires britanniques montrant des difficultés particulièrement importantes dans certaines de ces catégories. Les responsables gouvernementaux précisent toutefois que la nouvelle structure ne sera pas une cellule réservée aux Britanniques blancs : sa mission porte officiellement sur les inégalités de classe et de revenu quelle que soit l’origine ethnique.

Cette nuance est fondamentale. Car derrière une décision administrative apparemment technique se cache une question politique devenue explosive dans beaucoup de pays européens : peut-on lutter contre les discriminations liées à l’origine, au sexe ou aux minorités sans donner le sentiment à une partie des classes populaires qu’elle a disparu du radar politique ?

C’est précisément sur ce terrain que prospèrent depuis plusieurs années les mouvements populistes et nationalistes européens. Ils affirment souvent que les catégories populaires traditionnelles auraient été abandonnées par les élites politiques et culturelles au profit d’autres groupes considérés comme prioritaires. La création britannique d’une unité consacrée à la classe peut ainsi être lue comme une tentative de remettre la question sociale au centre du débat sans opposer mécaniquement les différentes populations entre elles.

La réforme ne se limite d’ailleurs pas au symbole. La « Class Unit » doit piloter la mise en œuvre d’une obligation socio-économique inscrite dans l’Equality Act. L’objectif annoncé est d’obliger les organismes publics à examiner les conséquences de certaines décisions, transports, services publics ou budgets notamment, sur les ménages à faibles revenus. Le gouvernement prévoit parallèlement de fermer la Social Mobility Commission, organisme indépendant chargé jusqu’à présent d’étudier la mobilité sociale, pour transférer une partie de ses missions directement au gouvernement.

Cette dernière décision suscite justement des critiques. Des responsables de la commission supprimée estiment qu’un organisme extérieur au gouvernement conserve une utilité précisément parce qu’il peut analyser et critiquer les politiques publiques avec davantage d’indépendance. Le gouvernement répond que la lutte contre les inégalités ne doit plus rester cantonnée à une instance d’observation mais devenir une responsabilité directe des ministres.

Le débat dépasse largement le Royaume-Uni. En France aussi, le vocabulaire de la classe sociale a progressivement perdu la place centrale qu’il occupait autrefois dans la vie politique. On parle toujours de pouvoir d’achat, de pauvreté, de territoires ou de catégories socioprofessionnelles, mais beaucoup moins spontanément de « classe ouvrière » ou de « lutte des classes ». Dans le même temps, les fractures économiques n’ont évidemment pas disparu : logement, accès aux grandes écoles, patrimoine, santé, mobilité ou espérance de vie restent fortement liés au milieu social.

Il y a donc quelque chose d’étrangement contemporain dans cette décision britannique : pour inventer une nouvelle politique de l’égalité, Londres ressort l’un des mots les plus anciens du vocabulaire politique moderne. La classe.

Et la véritable nouveauté se trouve peut-être là. Après des décennies pendant lesquelles certains annonçaient la disparition des classes sociales, celles-ci pourraient simplement avoir continué d’exister pendant que nous avions cessé de les nommer.

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