Vu de la Terre, c’est une planète.
Vu du ciel, c’est une fleur.
Je suis l’oiseau qui traverse l’atmosphère,
je suis la chenille qui avance sur la matière.
Je passe ma vie à changer d’échelle, puis
je prends une feuille entre mes mains.
J’aime sa fragilité, sa légèreté, le souffle
qu’elle produit lorsqu’elle tourne, lorsqu’elle
se tourne.
À peine mes doigts la rencontrent-ils
qu’une saveur apparaît, la pâte d’amande, le
papier devient une hostie.
Je n’ai rien décidé, mon corps le sait
avant moi.
Je m’assois et je dessine.
Je regarde l’ensemble.
Puis je m’approche.
Une ligne appartient d’abord à une forme.
Plus près, elle s’en détache.
Je vois son épaisseur, ses irrégularités, la
pression de la mine, les endroits où le noir
s’accumule et ceux où le papier réapparaît.
Je m’accroche encore.
La forme disparaît.
Il reste le grain du papier, le dépôt de la mine,
une ligne qui n’est presque plus une ligne.
Je recule.
La matière s’éloigne.
Les lignes se rejoignent.
La forme revient.
Le dessin n’a pas changé.
Mon regard, lui, passe d’une échelle à l’autre.
Je suis l’oiseau et la chenille.
L’oiseau voit la forme.
La chenille avance sur sa matière.
Je passe de l’un à l’autre.
Je recule jusqu’à ce que les lignes
tiennent ensemble.
Je m’approche jusqu’à ce qu’elles cessent de
former ce que je croyais voir.
De loin, une forme.
De près, ce dont elle est faite.
Je continue d’avancer.
Le trait devient épaisseur.
L’épaisseur devient dépôt.
Le dépôt rencontre le grain du papier.
Puis je recule.
Le grain disparaît.
Le dépôt redevient trait.
Le trait rejoint les autres.
La forme revient.
Entre les deux, rien n’a été ajouté.
Rien n’a été retiré.
Seule l’échelle a changé.
Et pourtant, je n’ai pas vu la même chose.





