Les 27 millions d’euros correspondent au budget annoncé par l’Église de France pour organiser la visite : accueil, logistique, installations techniques et organisation des rassemblements. Son financement repose principalement sur les dons et le mécénat. Au 22 septembre, environ 8 millions d’euros avaient déjà été récoltés. L’État assume en revanche ce qui relève de la sécurité publique, une dépense qui devra elle aussi être prise en compte lorsqu’on voudra établir le véritable bilan de l’événement.
L’affluence attendue permet de comprendre l’échelle du phénomène. Près de 600 000 personnes se sont inscrites pour la messe du 26 septembre à Paris. Environ 80 000 participants sont attendus à la veillée du Stade de France et 150 000 à Lourdes. À Metz, les estimations locales évoquent 50 000 à 100 000 personnes présentes dans la ville. Additionner tous ces chiffres serait trompeur puisque certains fidèles participeront à plusieurs rendez-vous et qu’une partie du public habite déjà sur place. Il n’en reste pas moins que l’événement va provoquer plusieurs centaines de milliers de déplacements.
L’hôtellerie donne déjà une première indication. À Paris, le prix moyen constaté pour la nuit du 26 septembre atteint 288 euros, contre 191 euros à la même période en 2025, d’après les données de Kayak citées par Aleteia, soit environ 50 % de hausse. Pour la nuit précédente, la moyenne passe de 196 à 255 euros. Cela ne signifie pas que le pape explique à lui seul toute l’augmentation : les tarifs hôteliers varient sous l’effet de nombreux facteurs. Mais la poussée de la demande au moment de sa visite est bien réelle.
À Lourdes, plus de 90 % des chambres étaient déjà réservées fin août pour les deux nuits correspondant au passage de Léon XIV. Les recherches Airbnb liées à cette période auraient augmenté de 610 % sur un an, au point que certains visiteurs doivent se loger à Tarbes ou à Pau. Metz connaît le même emballement : +194 % de recherches sur Airbnb, +306 % sur Booking.com, un parc hôtelier complet plusieurs semaines à l’avance et, dans certains établissements, des prix pouvant être multipliés par quatre.
Les transports profitent également de cette migration ponctuelle. L’offre francilienne doit être renforcée pour absorber l’affluence parisienne et certains diocèses ont spécialement affrété des trains. Quelque 20 000 personnes devraient rejoindre Lourdes par le rail, où des circulations supplémentaires sont prévues. Metz bénéficiera elle aussi de TER supplémentaires et de capacités renforcées. Train, autocar, métro, essence ou péage : le déplacement des fidèles produit lui-même de l’activité économique.
Même chose pour les restaurants et les commerces. Quelqu’un qui effectue plusieurs centaines de kilomètres pour assister à l’événement va souvent prendre un repas, boire quelque chose, utiliser les transports et éventuellement acheter un souvenir ou passer une nuit sur place. À Lourdes, les boutiques se sont déjà préparées à l’événement. Un atelier local avait livré plus de 50 000 articles consacrés à Léon XIV dès la mi-août. Metz compte également sur l’affluence pour ses bars, restaurants et commerces.
Reste alors la question centrale : combien d’argent peut réellement circuler grâce à cette visite ?
Pour l’instant, personne ne dispose d’un chiffre consolidé. On peut néanmoins tester quelques hypothèses. Supposons que 300 000 personnes constituent de véritables visiteurs supplémentaires, c’est-à-dire qu’elles n’auraient pas engagé ces dépenses sans la venue du pape. Avec 100 euros dépensés en moyenne par personne, cela représente 30 millions d’euros d’activité. Avec 150 euros, 45 millions. Avec 200 euros, on arrive à 60 millions.
En prenant une hypothèse de 500 000 visiteurs additionnels, le calcul monte à 50 millions d’euros pour une dépense moyenne de 100 euros, 75 millions avec 150 euros et, théoriquement, 100 millions d’euros si chacun dépense en moyenne 200 euros en hébergement, restauration, transports et achats.
Ce calcul n’est pas une prévision économique. Il sert uniquement à montrer l’ordre de grandeur possible. Et surtout, 100 millions d’euros dépensés en France ne représentent pas 100 millions d’euros gagnés par l’État. Cette somme serait répartie entre hôtels, restaurateurs, transporteurs, commerces et autres entreprises. Les finances publiques n’en récupéreraient qu’une fraction à travers la TVA, les taxes, les cotisations et les impôts.
Il faudra aussi regarder l’autre côté de la balance. Le dispositif de sécurité, les transports renforcés, les personnels publics mobilisés, les aménagements et les contraintes de circulation ont eux aussi un coût. Certains commerces situés dans les secteurs les plus sécurisés pourraient même perdre des clients. Pour connaître le véritable bilan économique de ces quatre jours, il faudra donc attendre que l’événement soit terminé.
Une dernière retombée sera encore plus difficile à mesurer : l’exposition médiatique. Metz en est un bon exemple. La ville sera montrée pendant plusieurs heures dans de nombreux pays. Son maire François Grosdidier insiste sur cette visibilité internationale, tandis que la fréquentation de la cathédrale avait déjà progressé de 8 à 10 % avant l’arrivée du pape. Si cette exposition entraîne ultérieurement de nouvelles visites touristiques à Metz, Lourdes ou Paris, une partie de l’effet économique se poursuivra après le 28 septembre.
Le paradoxe est donc assez simple. Nous savons déjà ce que l’Église prévoit de dépenser pour recevoir Léon XIV : 27 millions d’euros. Nous ignorons encore ce que sa présence générera réellement dans l’économie française. Mais la saturation des hôtels, l’augmentation des réservations, les trains supplémentaires, la mobilisation des restaurants et les centaines de milliers de personnes attendues montrent que les sommes en jeu peuvent se compter en dizaines de millions d’euros.
Après le départ de Léon XIV, le 28 septembre, il faudra donc regarder autre chose que les images de foule et les chiffres de participation. Il faudra faire les comptes.
Parce qu’un pape, manifestement, fait aussi tourner l’économie.





