Tout arrive.
Le contact d’un vêtement, une couture, une
étiquette, un parfum qui traverse une pièce,
l’odeur d’un produit ménager, la texture d’un
aliment.
Chaque sensation demande à être entendue.
Aucune ne s’efface pour laisser passer
la suivante.
Une lumière trop vive, des voix qui se
superposent, le bruit d’une chaise, le
froissement d’un tissu, un écran lumineux.
Tout demeure présent en même temps.
Une sensation ne devient pas secondaire
parce qu’une autre apparaît.
Elles conservent leur intensité simultanément.
Le corps accueille tout.
Lorsque cette intensité devient trop forte,
je cherche moins de bruit, une lumière plus
douce, l’air d’une fenêtre ouverte, un espace
où les sensations cessent de se chevaucher.
Dans la vie quotidienne, je dois parfois
diminuer ce qui arrive.
Dans le dessin, je peux faire
l’expérience inverse.
Une couleur apparaît.
Je pourrais atténuer celle qui l’entoure pour
lui laisser davantage de place.
Je ne le fais pas.
Je veux que chacune conserve son intensité.
Une forme en rencontre une autre.
Je ne cherche pas laquelle doit dominer ni
laquelle doit se retirer.
Je cherche comment elles peuvent être
entièrement présentes ensemble.
Je rapproche deux couleurs.
L’une transforme immédiatement l’autre.
J’augmente leur intensité.
Je regarde jusqu’où je peux aller sans que
l’une devienne l’arrière-plan de l’autre.
Une forme prend davantage de place.
Je ne réduis pas celle qui l’accompagne.
Je maintiens les deux.
Dans mon corps, plusieurs présences
peuvent arriver sans se hiérarchiser.
Dans le dessin, je reprends cette simultanéité
et j’en déplace les conditions.
Je peux rapprocher, augmenter,
recommencer.
Je peux observer ce qui se produit lorsque je
refuse de comprendre une intensité par la
diminution d’une autre.
Le dessin ne corrige pas cette expérience.
Il la pousse plus loin.
Ne rien atténuer.
Ne pas choisir une présence principale et
reléguer les autres autour d’elle.
Prendre chaque couleur, chaque forme, dans
toute son intensité.
Chercher jusqu’où chacune peut aller sans
demander aux autres de céder.
Aucune ne diminue.
Chacune demeure entière.





