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L’autisme est-il génétique ? Ce que la science sait vraiment

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La question revient souvent dans les familles : l’autisme est-il génétique ? La réponse courte est oui, en grande partie. Mais la réponse scientifique est beaucoup plus intéressante : il n’existe pas un « gène de l’autisme », et être porteur de certains variants génétiques ne signifie pas nécessairement que l’on sera autiste.

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L’autisme, ou trouble du spectre de l’autisme (TSA), est aujourd’hui considéré comme une condition neurodéveloppementale dont l’origine est complexe et multifactorielle. Les recherches montrent cependant que es facteurs génétiques jouent un rôle majeur.

Une vaste étude publiée dans JAMA Psychiatry, portant sur plus de deux millions de personnes dans cinq pays, estimait l’héritabilité de l’autisme à environ 80 %. Une étude suédoise plus récente aboutit elle aussi à une estimation proche de 80 %.

Attention à ce chiffre, souvent mal compris. Dire que l’héritabilité est de 80 % ne signifie absolument pas que « 80 % de l’autisme d’une personne vient de ses gènes ». L’héritabilité est une mesure statistique appliquée à une population : elle estime quelle proportion des différences observées entre individus peut être associée à des différences génétiques dans cette population et dans un environnement donné.

Il n’existe pas un gène unique de l’autisme

C’est probablement le point essentiel.

Dans certaines maladies génétiques, une modification précise d’un gène suffit parfois à expliquer l’essentiel de la maladie. Ce n’est généralement pas ainsi que fonctionne l’autisme.

Des centaines de variations génétiques ont été associées, à des degrés très différents, aux TSA et à d’autres particularités du neurodéveloppement. Une importante étude publiée dans Nature Genetics, portant sur plus de 63 000 personnes, a notamment identifié des dizaines de gènes fortement associés à l’autisme, et beaucoup d’autres avec des niveaux de preuve plus modérés.

Une autre étude portant sur plus de 42 000 personnes autistes a montré que le risque génétique pouvait provenir aussi bien de variants rares transmis par les parents que de mutations apparues spontanément.

Autrement dit, deux personnes autistes peuvent avoir des architectures génétiques très différentes.

Chez certaines, une variante rare possédant un effet relativement important peut être retrouvée. Chez beaucoup d’autres, il s’agit probablement de l’addition d’un très grand nombre de variantes génétiques courantes, chacune ayant individuellement un effet minuscule.

C’est ce que l’on appelle une architecture polygénique.

Et les deux phénomènes peuvent également se combiner : variants courants, variants rares et mutations nouvelles peuvent participer ensemble à la probabilité qu’un profil autistique apparaisse.

Peut-on donc « hériter » de l’autisme de ses parents ?

Oui, une partie de la prédisposition peut être transmise.

Cela ne signifie cependant pas qu’un père ou une mère autiste aura nécessairement un enfant autiste. Et inversement, un enfant peut être autiste alors qu’aucun de ses parents ne l’est.

Les familles illustrent néanmoins clairement cette composante génétique.

Une étude internationale publiée en 2024 a suivi 1 605 jeunes enfants ayant déjà un frère ou une sœur autiste. Environ 20,2 % d’entre eux ont eux-mêmes reçu un diagnostic de TSA à l’âge de trois ans. Le taux était encore plus élevé lorsqu’il existait plusieurs frères ou sœurs autistes dans la famille.

Cette donnée ne doit pas être transformée en règle individuelle : ces familles constituent une population particulière, suivie spécifiquement parce qu’un premier enfant était déjà autiste.

Mais elle confirme quelque chose que les généticiens observent depuis longtemps : plus deux personnes sont génétiquement proches, plus leur probabilité de partager certaines caractéristiques liées à l’autisme augmente.

Les études réalisées chez les jumeaux vont dans le même sens. Une méta-analyse d’études de jumeaux a obtenu des estimations d’héritabilité comprises entre 64 et 91 %, selon les modèles utilisés.

Et les mutations qui n’existent pas chez les parents ?

C’est l’autre partie fascinante de l’histoire.

Certaines modifications de l’ADN sont dites « de novo » : elles apparaissent dans l’ovule, le spermatozoïde ou très tôt après la fécondation et ne sont donc pas présentes sous la même forme dans l’ADN des parents.

Certaines de ces mutations peuvent influencer fortement le développement neurologique.

C’est l’une des raisons pour lesquelles il est possible d’observer un TSA chez une personne sans retrouver exactement la même anomalie génétique chez son père ou sa mère.

À l’inverse, certaines variantes associées à une augmentation de probabilité peuvent être présentes chez un parent qui n’est pas lui-même autiste. La génétique n’est donc pas un interrupteur fonctionnant simplement en mode « oui » ou « non ».

Alors, l’environnement ne joue aucun rôle ?

Ce serait aller beaucoup trop loin.

Le National Institute of Mental Health américain résume actuellement les connaissances ainsi : les causes précises de l’autisme ne sont pas complètement connues et les recherches indiquent une influence conjointe des gènes et de certains facteurs environnementaux intervenant dans le développement.

Dans ce contexte, « environnement » possède d’ailleurs un sens scientifique très large. Il peut inclure des phénomènes biologiques survenant pendant la grossesse ou le développement et ne signifie pas simplement l’éducation donnée à l’enfant ou son environnement familial.

Surtout, l’opposition classique entre « génétique » et « environnement » est probablement trop simpliste. Les chercheurs étudient de plus en plus leurs interactions.

Un facteur environnemental peut par exemple ne pas avoir les mêmes conséquences selon le patrimoine génétique d’un individu.

Pourquoi trouve-t-on parfois plusieurs personnes autistes dans une même famille ?

C’est précisément ce que l’héritabilité élevée permet de comprendre.

Dans une famille, certaines combinaisons de variants génétiques peuvent circuler de génération en génération. Elles peuvent s’exprimer très différemment suivant les individus.

Une personne pourra recevoir un diagnostic de TSA. Une autre présentera seulement certaines caractéristiques : hypersensibilités sensorielles, intérêts très intenses, besoin de routines, difficultés sociales particulières ou manière inhabituelle de traiter l’information, sans forcément atteindre les critères diagnostiques d’un TSA.

La génétique contemporaine montre d’ailleurs que les frontières biologiques sont moins nettes que les catégories utilisées par la médecine. Les mêmes facteurs génétiques peuvent participer à différents profils neurodéveloppementaux, et plusieurs travaux montrent notamment des chevauchements génétiques entre autisme et TDAH.

Peut-on faire un test génétique pour savoir si quelqu’un est autiste ?

Pas au sens d’un simple test sanguin donnant « positif » ou « négatif ».

Le diagnostic d’autisme demeure clinique : il repose sur le développement, le comportement, la communication et l’histoire de la personne.

Dans certaines situations, particulièrement lorsqu’un TSA s’accompagne d’une déficience intellectuelle, d’épilepsie, de malformations ou d’autres particularités médicales, des analyses génétiques peuvent cependant identifier une variante ou un syndrome susceptible d’expliquer une partie du tableau.

Mais pour une grande proportion des personnes autistes, aucun « gène responsable » unique ne sera découvert.

## Ce que la génétique change finalement dans notre compréhension de l’autisme

Peut-être surtout notre façon de poser la question.

La recherche ne décrit plus vraiment « l’autisme » comme une entité unique possédant une cause unique. Elle révèle plutôt **une multitude de trajectoires biologiques différentes pouvant aboutir à des profils que nous regroupons aujourd’hui sous le terme de spectre autistique**.

Une revue scientifique publiée en 2025 résume ainsi l’évolution du domaine : les chercheurs explorent désormais simultanément variants rares, variants communs, régions régulatrices du génome et interactions entre ces différents mécanismes.

Donc oui : l’autisme possède une composante génétique très importante et peut clairement avoir une dimension familiale.

Mais « génétique » ne signifie ni « déterminé à l’avance », ni « obligatoirement transmis », ni « provoqué par un seul gène ».

Et c’est précisément cette formidable diversité biologique qui commence aujourd’hui à expliquer pourquoi le mot *spectre* est probablement plus juste qu’on ne l’imaginait.

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