Pendant des années, les rapports entre Marine Le Pen et la Russie de Vladimir Poutine ont constitué l’un des sujets les plus embarrassants pour le Rassemblement national.
Marine Le Pen s’était notamment rendue au Kremlin en mars 2017 pour rencontrer Vladimir Poutine. Le parti avait également contracté en 2014 un prêt auprès d’une banque russe. Depuis l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022, le RN a considérablement modifié son discours et condamné l’invasion russe. Mais son histoire avec Moscou continue d’être régulièrement rappelée par ses adversaires. (Le Monde.fr)
Avec Donald Trump, l’histoire est différente mais le malaise existe également.
Une partie du RN a longtemps regardé avec intérêt le trumpisme : souveraineté nationale, immigration, critique des élites et des institutions supranationales constituent autant de thèmes sur lesquels existent des convergences. Jordan Bardella a lui-même exprimé son admiration pour l’énergie politique de Trump, tandis que plusieurs responsables du parti ont entretenu des relations avec l’univers MAGA.
Mais là encore, la situation s’est compliquée. Face aux décisions américaines susceptibles de heurter directement les intérêts européens, le RN a progressivement durci son discours envers Washington et conteste aujourd’hui l’idée d’avoir été un parti aligné sur Trump. (Le Monde.fr)
Et puis vint le retour du réel
C’est là que la critique formulée par Alain Callède devient intéressante.
La Russie poursuit sa guerre contre l’Ukraine. De leur côté, les États-Unis sont engagés dans le conflit avec l’Iran. Ces deux crises participent désormais à une perturbation majeure des marchés énergétiques mondiaux.
En septembre 2026, les conséquences sont très concrètes. Les tensions liées aux conflits en Iran et en Ukraine ont fortement perturbé les approvisionnements et le raffinage. Les stocks mondiaux de diesel sont particulièrement faibles et les prix ont atteint des niveaux exceptionnellement élevés. (Reuters)
Le Brent évolue désormais autour de 100 dollars le baril, dans un marché extrêmement sensible à la moindre évolution diplomatique entre Washington et Téhéran. (Reuters)
Et ce ne sont évidemment pas seulement des chiffres sur les écrans des traders.
Le diesel fait rouler les camions, les machines agricoles et une partie de l’industrie. Lorsque son prix augmente fortement, le transport des marchandises coûte davantage. Une partie de cette hausse finit alors par se retrouver dans les prix payés par les consommateurs.
Autrement dit, les grandes décisions géopolitiques prises à Washington, Moscou ou Téhéran peuvent finir quelques semaines ou quelques mois plus tard dans le portefeuille d’un automobiliste français.
Le piège des modèles politiques étrangers
Cela pose une question qui dépasse largement le seul Rassemblement national.
Que se passe-t-il lorsqu’un parti français prend pour référence un dirigeant étranger dont la politique finit par entrer en contradiction avec les intérêts économiques ou stratégiques français ?
Le RN se retrouve aujourd’hui confronté à cette difficulté avec Trump comme avec Poutine.
Le parti affirme avoir évolué. Ses responsables rappellent qu’ils condamnent l’invasion de l’Ukraine et récusent désormais l’idée d’un alignement sur Washington ou Moscou. Ses adversaires répondent que cette prise de distance intervient après des années de proximité ou d’admiration.
Les deux éléments doivent être rappelés pour comprendre le débat.
Pas besoin d’insulter les électeurs
Reste la dernière phrase d’Alain Callède : « Qui a de la merde dans les yeux ? Les votants du Rassemblement national. »
Elle frappe.
Mais elle évite peut-être la question la plus intéressante.
Les électeurs du RN peuvent parfaitement connaître ces contradictions et continuer à voter pour ce parti pour d’autres raisons : immigration, sécurité, pouvoir d’achat, rejet des partis traditionnels ou volonté d’alternance. D’autres peuvent au contraire considérer que les relations passées du RN avec Moscou ou son attraction pour le trumpisme constituent un problème majeur.
C’est précisément à eux de trancher.
Car le sujet intéressant n’est finalement pas de savoir si des millions d’électeurs « ont de la merde dans les yeux ».
Il est de leur mettre les faits sous les yeux.





