L’hiver approche.
Je le sens avant même d’en voir les signes.
L’air devient plus vif, des jours
raccourcissent.
La lumière se retire un peu plus tôt.
Une saison s’efface pendant qu’une autre
s’installe.
Mon corps s’accorde lentement à ce
changement.
Je marche.
Le vent traverse mes vêtements, le froid
atteint ma peau.
À mesure que les jours raccourcissent, mon
regard change. Je cherche ce qui, quelques
semaines auparavant, n’avait pas besoin
d’être cherché.
Je cherche la lumière.
L’hiver ne l’efface pas.
Il la rend plus discrète.
Un reflet sur une écorce humide, une
trouée entre deux nuages, une herbe qui
retient encore un peu de jour.
Lorsqu’elle devient rare, chaque nuance
prend davantage de valeur.
Je m’arrête devant des quantités minuscules
de lumière. Un éclat suffit à retenir mon
regard.
En été, la lumière était partout. Je n’avais
aucune raison de chercher cet éclat.
Ce n’est pas elle qui est devenue plus intense.
C’est mon attention qui s’est déplacée vers ce
qui se retire.
Je retrouve ce mouvement devant le dessin.
Une couleur répétée finit par appartenir au
fond de ce que je vois. Mon oeil la connaît. Il
cesse d’y revenir.
Alors je retire.
Je laisse une couleur n’apparaître qu’une fois.
J’interromps une ligne. Je conserve une zone
claire là où je pourrais encore remplir.
Je regarde ce qui se passe lorsque je résiste à
l’envie d’ajouter.
La feuille ne devient pas vide.
Certaines présences, au contraire,
commencent à apparaître.
Dans le paysage d’hiver, je cherche la lumière
parce qu’elle se retire.
Sur la feuille, je peux provoquer ce retrait.
Je peux retenir une couleur, interrompre sa
répétition, lui laisser moins de place.
Alors mon regard revient vers elle.
L’hiver ne m’apprend pas à voir davantage
de lumière.
Il m’apprend à voir davantage celle qui reste.





