Les couleurs ne suivent pas les règles que
je leur prête.
Je regarde un gris. Je les sais sombre. Je n’ai
aucune raison d’en douter.
Puis je l’approche d’un rose.
Je m’attends à le voir s’assombrir.
C’est l’inverse qui se produit.
Le rose s’éclaire.
Je reviens au gris.
Sa matière n’a pas changé. Sa teinte non plus.
Je n’ai ajouté ni blanc, ni lumière, ni
transparence.
Pourtant, je ne le vois plus de la
même manière.
Il a suffi qu’une autre couleur s’approche.
L’atelier ne cesse de défaire ce que je
croyais savoir.
Je rapproche le gris du rose. Je regarde. Je
l’éloigne. Quelque chose disparaît. Je le
rapproche encore. La lumière revient.
Je cherche où elle se trouve.
Dans le gris ?
Dans le rose ?
Je ne la vois apparaître que lorsqu’ils
sont ensemble.
Le gris reste gris.
Mais je ne peux plus dire simplement : ce gris
est sombre.
Je croyais que sombre, clair, lumineux ou
sourd étaient des qualités que chaque
couleur transportait avec elle.
La feuille me montre qu’elles peuvent naître
d’un voisinage.
Je reste longtemps devant leur
transformation
Rien n’a été ajouté au gris. Rien ne lui a
été retiré.
Sa place suffit à modifier ce que je vois.
Une couleur ne se laisse donc pas connaître
seule. Ce que je peux en dire dépend aussi de
ce qui l’entoure.
Je ne les décide pas. Je les découvre.
Alors je recommence.
Une couleur.
Une autre à côté.
Je regarde ce qui se déplace entre elles.
Le dessin ne confirme pas ce que je sais.
Il met des certitudes à l’épreuve de ce que
je vois.
Le gris n’a pas changé.
C’est ma certitude sur le gris qui ne tient plus.





