Je ne collectionne pas des souvenirs, je
conserve des présences.
Les couleurs, les textures, les odeurs et les
matières ne disparaissent jamais tout à fait.
Elles demeurent en moi comme des plantes
mises à sécher dans un herbier.
Le dessin ne les invente pas. Il leur offre un
lieu où elles peuvent recommencer à vivre.
Douche froide, une boisson jaune, puis
le dessin.
Le passage est presque imperceptible.
Une couleur suffit.
J’ouvre un rose, quelques paillettes
apparaissent, un rose de friandise.
Je n’ai jamais aimé les bonbons pour leur
goût. Je les choisissais pour leur couleur, leur
transparence, leur peau brillante, la manière
dont ils retenaient la lumière.
Je pouvais les regarder longtemps. Les
manger n’ajoutait rien. Voir suffisait.
Ma mère aimait les friandises. Elle semblait
en chercher le goût. Je cherchais les
couleurs.
Nous regardions le même objet. Nous n’en
gardions pas la même chose.
Des années plus tard, je n’ai pas besoin de
penser aux bonbons. Le rose les fait revenir.
Pas une scène. Pas une date.
Une transparence. Une brillance. Une peau
tendue sous la lumière.
Elles ne demandent pas à être retenues.
Elles demeurent.
Une couleur les appelle. Elles reviennent.
Le rose que j’ouvre aujourd’hui n’est pas celui
de mon enfance. Pourtant, quelque chose
passe de l’un à l’autre.
La sensation ancienne ne revient pas intacte.
Elle rencontre celle d’aujourd’hui.
C’est dans cette rencontre que le
dessin commence.
Chaque feuille libère une présence, une
odeur, une température, une texture, une
lumière.
Je ne dessine pas le bonbon.
Je ne dessine pas l’enfance.
Je dessine avec ce qu’ils ont laissé.
Mes dessins ne racontent pas une vie, ils
conservent les sensations qui l’ont traversée.
Une couleur posée aujourd’hui contient
plusieurs temps.
Ce qui a été vu.
Ce qui est vu.
Et ce qui apparaît entre les deux.





