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Patrick Eudeline et Catherine Ringer : l’hommage maladroit qui passe très mal

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Il est des hommages qui racontent un artiste. Et puis ceux qui finissent surtout par raconter celui qui les écrit.

Quelques jours seulement après la mort de Catherine Ringer, survenue le 14 septembre 2026 à l’âge de 68 ans, Patrick Eudeline a publié dans Causeur un texte intitulé « L’assassinat de John Lennon, Catherine Ringer et moi ». Un souvenir très personnel du Paris rock du début des années 1980, qui frappe moins par sa tendresse que par la crudité de certaines anecdotes.

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Eudeline raconte notamment avoir partagé un lit avec Catherine Ringer — ce qui ne permet d’ailleurs pas, contrairement à certaines reformulations circulant autour du texte, d’affirmer qu’il dit explicitement avoir eu une relation sexuelle avec elle. Mais il ajoute immédiatement des détails particulièrement intimes sur son activité dans le cinéma pornographique de l’époque. Il évoque également sans détour l’héroïne, un dealer et leur manque de seringues.

Et c’est précisément là que le malaise peut commencer.

Car Catherine Ringer vient de mourir. Elle ne peut ni confirmer, ni nuancer, ni raconter à son tour cette nuit-là. Fred Chichin est mort lui aussi. Eudeline conclut d’ailleurs son récit en soulignant qu’il est désormais le seul survivant des protagonistes de cette scène.

Le problème n’est donc pas que l’on raconte les années punk telles qu’elles furent. L’histoire du rock français n’a aucune raison d’être aseptisée. La drogue, le sexe, la marginalité, les excès faisaient partie d’un milieu et d’une époque, et Eudeline lui-même n’a jamais caché son rapport à cette culture : interrogé dès 2003 par Le Monde, il racontait déjà la place prise par l’héroïne dans le milieu punk parisien autour de 1980.

Ce qui dérange davantage, c’est le moment choisi et la position de celui qui raconte.

À peine Catherine Ringer disparue, une femme dont l’œuvre immense est célébrée partout, voilà que ressurgissent ses tournages pornographiques, un lit taché de sang, l’héroïne, les seringues et un souvenir d’intimité raconté par un homme qui, lui, est toujours là pour donner sa version.

Cela produit fatalement une impression étrange : est-on encore dans l’hommage ou déjà dans l’autoportrait du vieux rocker survivant ?

Le titre lui-même donne peut-être une partie de la réponse : « Catherine Ringer et moi ». Eudeline occupe énormément de place dans son propre souvenir. Lennon est assassiné, Ringer traverse la scène, Chichin joue de la guitare, les drogues circulent, mais le véritable fil conducteur reste celui qui peut aujourd’hui déclarer : j’y étais.

On peut évidemment défendre cette littérature-là. Celle du témoignage brut, sans morale rétrospective et sans nettoyage des souvenirs. On peut même considérer que transformer Catherine Ringer en icône respectable en effaçant son passé underground serait une autre manière de la trahir.

Mais la liberté de raconter n’interdit pas une autre notion : la délicatesse.

Catherine Ringer n’a jamais eu honte de son passé et elle avait suffisamment de personnalité pour répondre elle-même lorsqu’on tentait de l’y enfermer. C’est justement ce qui rend la situation différente aujourd’hui : elle n’est plus là pour reprendre la parole.

Le papier d’Eudeline révèle finalement quelque chose qui dépasse largement Catherine Ringer. Il pose une question assez simple : que devient un souvenir intime lorsque l’un des deux protagonistes meurt ?

Est-il encore seulement votre souvenir ?

Ou devient-il aussi quelque chose dont on devrait mesurer l’exposition publique ?

Patrick Eudeline voulait probablement restituer la folie d’une époque où le punk parisien vivait entre musique, drogues, sexe et autodestruction. Son texte y parvient remarquablement. Peut-être même un peu trop bien.

Car trois jours après la disparition de Catherine Ringer, beaucoup auraient sans doute préféré entendre parler de sa voix, de son génie scénique, de son incroyable liberté artistique ou de ce qu’elle avait changé dans la musique française.

À la place, on se retrouve avec du sang sur les draps, un tournage porno et une histoire de seringues.

Le rock n’a jamais été réputé pour sa délicatesse.

Mais parfois, la délicatesse n’est pas de la censure.

C’est simplement de l’élégance.

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