Une théorie folle ? Oui. Mais suffisamment troublante pour intéresser quelques chercheurs et alimenter un véritable courant de réflexion autour des phénomènes aériens non identifiés.
L’un des principaux défenseurs contemporains de cette idée est Michael P. Masters, professeur d’anthropologie biologique à Montana Technological University. Dans son livre *Identified Flying Objects*, publié en 2019, il développe ce qu’il appelle le modèle « extratempestrial » : certains occupants supposés d’OVNI ne viendraient pas de l’espace, mais d’une autre époque de l’histoire humaine.
L’idée repose d’abord sur une observation amusante : dans l’imaginaire ufologique, les extraterrestres sont souvent étonnamment humains.
Ils possèdent deux bras, deux jambes, une tête, deux yeux, une symétrie corporelle comparable à la nôtre. Les fameux « petits gris » sont généralement représentés avec un crâne immense, de grands yeux, pratiquement pas de pilosité et un corps relativement frêle.
Or Masters avance une possibilité : et si cette apparence n’était pas celle d’une espèce extraterrestre, mais celle d’une évolution lointaine d’Homo sapiens ?
Dans quelques dizaines ou centaines de milliers d’années, l’être humain pourrait évidemment avoir changé. Notre environnement, notre alimentation, la médecine, la génétique ou même une éventuelle sélection artificielle pourraient profondément transformer notre anatomie. Imaginer nos descendants avec un physique différent du nôtre n’a donc rien d’absurde en soi.
Le saut gigantesque consiste à leur attribuer ensuite la capacité de remonter le temps.
Et c’est là que l’histoire devient réellement fascinante.
Contrairement à une idée répandue, le voyage dans le temps n’est pas totalement étranger à la physique. La relativité d’Einstein implique déjà que le temps ne s’écoule pas exactement de la même manière pour tout le monde. Voyager vers le futur grâce à des effets relativistes n’est pas seulement une idée de science-fiction : le phénomène de dilatation du temps est une conséquence établie de la relativité.
Revenir vers le passé constitue en revanche un problème autrement plus redoutable.
Certaines solutions mathématiques des équations de la relativité générale permettent néanmoins l’existence de ce que les physiciens appellent des « courbes temporelles fermées » : en théorie, une trajectoire dans l’espace-temps pourrait ramener un objet vers son propre passé. Des scénarios impliquant notamment des trous de ver ont également été étudiés. Cela ne signifie absolument pas que nous sachions construire une machine à voyager dans le temps : entre une possibilité mathématique et une technologie réalisable, il existe un gouffre colossal.
Mais faisons précisément l’expérience mentale.
Imaginons l’humanité dans 100 000 ans.
Notre civilisation a survécu. Elle maîtrise des technologies dont nous sommes aussi incapables d’imaginer le fonctionnement qu’un homme du Moyen Âge aurait été incapable de comprendre un smartphone.
Elle découvre finalement comment se déplacer non seulement dans l’espace, mais dans l’espace-temps.
Quelle destination choisirait-elle ?
Probablement les dinosaures.
Les premières civilisations.
Les grandes catastrophes historiques.
Et surtout ses propres ancêtres.
Nous.
Les OVNI deviendraient alors quelque chose de très différent : non pas des vaisseaux interstellaires, mais des sortes de machines archéologiques temporelles. Leurs occupants seraient les historiens, anthropologues ou touristes du futur venus visiter le XXIe siècle.
Cela permet même de proposer une explication séduisante à l’une des grandes bizarreries de l’ufologie : pourquoi une civilisation extraordinairement avancée passerait-elle autant de temps à nous observer sans véritablement entrer en contact avec nous ?
Si elle venait du futur, la réponse serait simple : parce qu’elle connaîtrait déjà notre histoire.
Et elle aurait peut-être tout intérêt à ne pas la modifier.
On retrouve immédiatement le vieux paradoxe du voyage temporel. Si un voyageur revient dans son passé et modifie un événement essentiel, peut-il empêcher les circonstances ayant permis son propre voyage ? Toute civilisation maîtrisant réellement ce genre de technologie aurait donc peut-être développé des règles extrêmement strictes de non-intervention.
Voilà qui ferait de certains comportements attribués aux OVNI, observer, apparaître brièvement, repartir, une sorte de tourisme historique sous haute surveillance.
Mais il existe évidemment un énorme problème : nous n’avons aucune preuve que cela soit vrai.
Nous n’avons même pas aujourd’hui de preuve scientifique établissant que les phénomènes aériens non identifiés aient une origine extraterrestre. La NASA rappelle qu’aucune donnée crédible ne démontre actuellement que les UAP soient des technologies extraterrestres et souligne surtout le manque de données suffisamment précises pour expliquer certains cas.
A fortiori, rien ne permet de conclure qu’ils viennent du futur.
La théorie des humains futurs reste donc exactement ce qu’elle prétend être : une hypothèse spéculative.
Mais elle possède une force intellectuelle particulière.
Pendant des décennies, nous avons regardé les étoiles en nous demandant : « Qui vient nous voir ? »
Peut-être faudrait-il poser une autre question.
Quand viennent-ils ?
Et derrière cette idée vertigineuse se cache peut-être une interrogation encore plus troublante.
Lorsque nous dessinons depuis soixante-dix ans des extraterrestres chauves, aux grands crânes et aux corps humanoïdes, croyons-nous réellement représenter des créatures venues d’ailleurs ?
Ou sommes-nous simplement en train, sans le savoir, d’imaginer notre propre visage dans plusieurs milliers d’années ?





