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Je ne fais presque jamais deux choses à
la fois.
Lorsque je suis engagée dans une action, mon
attention s’y fixe entièrement. Je ne décide pas
d’écarter ce qui l’entoure. Je suis happée par ce
que je fais.
Le temps s’efface, je dessine, longtemps,
jusqu’au soir, jusqu’à ce que le corps me
rappelle qu’il existe.
Je quitte alors le dessin comme on revient
d’une longue plongée.
Le monde met toujours quelques instants à
reprendre sa place.
Une autre action commence.
Je prépare le repas, je mange en silence.
Chaque saveur arrive entière, une épice, une
texture, une chaleur.
Le repas occupe maintenant toute mon attention.
Le dessin s’est éloigné. Je ne maintiens pas
plusieurs expériences ouvertes en même temps.
Je ne peux pas diviser mon attention.
Lorsqu’elle se fixe, elle forme un seul mouvement.
ce qui est là prend toute la place.
La vaisselle, le rangement, la lecture,
le sommeil.
Chaque geste reçoit le temps qui lui
appartient.
Je passe de l’un à l’autre. Chacun existe
séparément, avec sa propre intensité.
Je peux demeurer des heures dans un
dessin, sans éprouver le besoin d’être ailleurs.
Cette absence d’ailleurs existe aussi dans les
gestes ordinaires : laver une assiette, lire une
page, manger, ranger.
Je ne mesure pas mes journées en heures, je
les mesure en profondeur.
Cette profondeur ne vient pas seulement de la
durée. Elle vient de la concentration entière de
l’attention en un seul point.
Dans le dessin, cette indivisibilité devient visible.
Une forme apparaît. Je la suis. Une autre lui
répond. Mon attention reste prise dans ce qui se
construit.
Rien ne vient se placer à côté.
Puis je pose le crayon.
L’attention se détache de ce qui l’occupait.
Une autre action peut alors la saisir tout entière.
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