Le vrai problème commence lorsque la dette augmente durablement plus vite que la richesse nationale et que son financement devient de plus en plus coûteux.
Car emprunter n’est plus aussi bon marché qu’il y a quelques années. La charge des intérêts augmente fortement. Une commission du Sénat estimait en juin que la charge de la dette publique pourrait dépasser 77 milliards d’euros en 2026, soit près de 12 milliards de plus en un an. Selon cette même estimation, elle représenterait environ 2,5 points de PIB.
Et cet argent a une particularité : il ne construit pas une école, ne finance pas un hôpital, ne paie pas un professeur, un policier ou un chercheur. Il rémunère simplement la dette accumulée précédemment. Plus cette charge augmente, moins les gouvernements disposent de marges de manœuvre pour financer autre chose sans augmenter les recettes, réduire d’autres dépenses ou emprunter encore davantage.
C’est le début du mécanisme le plus inconfortable : emprunter pour financer des déficits, puis consacrer une part croissante du budget au paiement des intérêts de l’argent déjà emprunté.
La France n’en est évidemment pas au scénario caricatural d’un pays incapable de trouver des prêteurs. Elle continue à emprunter sur les marchés et possède une économie considérable. Mais la trajectoire mérite d’être regardée sans détour. La Banque de France estimait encore en juin que, sans économies supplémentaires suffisantes, le ratio d’endettement continuerait de progresser dans les prochaines années et pourrait atteindre 122 % du PIB en 2028.
Le sujet dépasse largement l’affrontement habituel entre ceux qui veulent « couper dans les dépenses » et ceux qui veulent « taxer davantage ». Derrière ces slogans existe une équation autrement plus compliquée : comment financer les retraites, la santé, l’éducation, la défense, la transition énergétique et les services publics dans une économie dont la croissance reste faible, tout en empêchant la dette de progresser indéfiniment ?
Chaque camp politique apporte des réponses différentes à cette question. Réduction de certaines dépenses, hausse de certains prélèvements, lutte contre les niches fiscales, réforme de l’État, croissance, politique industrielle : les choix sont profondément politiques. Mais l’arithmétique, elle, n’a pas d’opinion.
Et elle dit aujourd’hui une chose assez simple.
3 536 milliards d’euros.
Le record français de la dette publique est désormais là.
Et contrairement à beaucoup de records, personne ne devrait vraiment avoir envie de battre le prochain.
