L’homme au centre de l’enquête s’appelle Pierre Robert. Cet homme d’affaires de Beauvais a été mis en examen et placé en détention provisoire dans le cadre d’investigations portant sur des faits présumés d’une extrême gravité, notamment de traite d’êtres humains et d’infractions sexuelles concernant des mineurs. Comme toute personne mise en examen, Pierre Robert bénéficie de la présomption d’innocence tant qu’il n’a pas été définitivement jugé.
L’affaire dépasse largement Beauvais et les frontières françaises. Une enquête menée entre la France et le Sénégal a conduit à plusieurs interpellations dans ce pays. Les investigations cherchent notamment à déterminer l’existence et le fonctionnement éventuel d’un système d’exploitation sexuelle de jeunes garçons, ainsi que les responsabilités précises des différentes personnes soupçonnées.
C’est donc une affaire judiciaire extrêmement sérieuse. Mais comment Brigitte Macron s’est-elle retrouvée associée à cette histoire ?
Pas par l’enquête judiciaire.
Son nom n’est pas, à notre connaissance, impliqué dans les faits faisant l’objet des investigations. Le rapprochement est apparu sur Internet, où Pierre Robert a commencé à être présenté comme « le cousin de Brigitte Macron ».
Cette affirmation s’appuie notamment sur un arbre généalogique diffusé en ligne. Selon cette reconstitution, Pierre Robert et Brigitte Macron partageraient des arrière-arrière-grands-parents. Si cette filiation était intégralement démontrée, il s’agirait donc d’une parenté particulièrement éloignée et certainement pas de deux cousins appartenant à un cercle familial proche.
Mais même ce lien éloigné doit être considéré avec prudence. Des spécialistes de généalogie ayant examiné les éléments rendus publics ont souligné que certains documents permettant de vérifier les différentes filiations manquaient. Il serait donc imprudent de présenter aujourd’hui comme une certitude absolue Pierre Robert comme « le cousin de Brigitte Macron ».
Il faut surtout éviter un glissement beaucoup plus problématique : même si cette parenté éloignée était finalement établie, elle n’impliquerait évidemment en rien Brigitte Macron dans les faits reprochés à Pierre Robert.
À ce jour, aucun élément judiciaire connu ne met en cause Brigitte Macron dans cette affaire. Aucun élément connu ne permet non plus d’affirmer qu’elle aurait eu connaissance des faits présumés. Le dossier judiciaire concernant Pierre Robert et la question de cette éventuelle parenté sont deux sujets distincts.
C’est précisément cette distinction qui tend à disparaître lorsque l’histoire circule sur les réseaux sociaux.
« Le cousin de Brigitte Macron impliqué dans une affaire pédocriminelle » constitue un titre redoutablement efficace. Il juxtapose un nom extrêmement connu, un lien familial et une affaire criminelle particulièrement sensible. Le lecteur peut alors inconsciemment établir une relation entre ces trois éléments alors qu’elle n’est pas démontrée.
Le travail journalistique consiste justement à faire l’inverse : séparer ce que l’on sait de ce que l’on suppose.
Ce que l’on sait est déjà suffisamment grave : une importante enquête judiciaire existe, Pierre Robert est mis en examen et les investigations possèdent une dimension internationale. Elles doivent désormais déterminer les faits exacts et les responsabilités de chacun.
Ce que l’on ne peut pas présenter avec la même certitude est tout aussi important : Pierre Robert serait un proche parent de Brigitte Macron. Un arbre généalogique disponible sur Internet suggère une ascendance commune très éloignée, mais les éléments permettant d’en établir incontestablement toute la chaîne généalogique sont incomplets.
Et surtout, rien dans les éléments judiciaires connus ne permet d’associer Brigitte Macron aux faits faisant l’objet de cette enquête.
Cette histoire constitue finalement un excellent exemple de la manière dont certaines rumeurs contemporaines se construisent. Elles ne partent pas nécessairement d’une invention totale. Elles peuvent naître d’un événement parfaitement réel auquel vient se greffer une information incertaine, puis une insinuation.
Le fait authentique donne alors de la crédibilité à tout ce qui l’entoure.
C’est précisément pour cette raison qu’il faut regarder l’affaire Pierre Robert en face, sans en minimiser la gravité mais sans lui ajouter ce que l’enquête ne dit pas.
Elle est suffisamment grave pour ne pas avoir besoin qu’on lui invente un autre scandale.
