Je ne cherche pas à créer. Je cherche à rester
vivante lorsque ce qui m’entoure devient trop
intense pour mon corps.
L’orage résonne au loin, le vent traverse les
feuilles, l’air bourdonne, quelque chose
approche.
Sous la table, j’entends, je ne vois pas, c’est
parfois pire.
Ça pique la peau, ça gratte le cuir chevelu.
Le monde devient trop grand.
Mon corps réagit avant que je puisse
comprendre ce qui arrive. L’orage est encore
loin et déjà je le sens dans ma peau, dans ma
tête, dans cette tension qui précède le bruit.
Alors je prends un rose fluorescent.
Je dessine.
Je ne dessine pas l’orage. Je dessine depuis
ce qu’il provoque dans mon corps.
La feuille donne des limites à cette sensation
qui, elle, n’en a pas.
Je trace, je regarde, je trace encore. Mon
attention circule entre ce qui arrive dehors, ce
que mon corps en reçoit et ce qui apparaît sur
le papier.
Le monde autour de moi reste immense. La
feuille a des bords.
Je peux regarder ce qui apparaît à l’intérieur.
L’orage continue. Je continue à dessiner.
À mesure que le dessin se construit, je ne
reçois plus l’orage de la même manière. Le
bruit, l’attente, la tension sont toujours là.
Leur emprise change.
Le dessin cadre une perception qui débordait
de toutes parts.
C’est ainsi qu’il me protège.
