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Hugues Aufray, 97 ans : jamais à la mode, donc toujours à la mode et surtout heureux de vivre !

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Il y a quelque chose de profondément réjouissant chez Hugues Aufray. Quelque chose qui dépasse largement Santiano, Céline, Stewball ou Adieu Monsieur le Professeur. À 97 ans, l’homme est toujours là. Pas « toujours là » au sens où l’on ressort cérémonieusement une vieille gloire de la chanson française pour lui demander de raconter ses souvenirs. Toujours là au présent. Sur scène. Avec une guitare. Des concerts devant lui. Des chansons qu’il continue même de modifier. Et surtout des projets.

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Ce vendredi 18 septembre, au micro de Marc-Olivier Fogiel sur RTL, Hugues Aufray a résumé quelque chose de son incroyable longévité artistique par une phrase formidable : « Je n’ai jamais été à la mode, c’est pour cela que je suis toujours vivant. »

Tout est là.

Ne jamais être vraiment à la mode possède un avantage considérable : on ne peut pas devenir démodé.

Hugues Aufray n’a jamais été l’homme d’un courant spectaculaire, d’une révolution vestimentaire, d’une provocation soigneusement organisée ou d’un personnage fabriqué pour occuper les couvertures. Il a traversé les yé-yé, le rock, le disco, le punk, la new wave, le rap, la techno, les boys bands, la Star Academy, YouTube, TikTok et maintenant l’intelligence artificielle avec grosso modo la même guitare et la même idée très simple : raconter des histoires.

Pendant que les modes arrivaient en fanfare avant de disparaître, lui continuait.

Né le 18 août 1929, Hugues Aufray vient de fêter ses 97 ans. Sa carrière s’étend désormais sur près de sept décennies. Il fut notamment l’un de ceux qui introduisirent en France une certaine culture folk américaine et adapta très tôt Bob Dylan, tout en construisant un répertoire devenu étonnamment intergénérationnel.

Mais sa véritable réussite est peut-être ailleurs.

Hugues Aufray donne l’impression d’avoir réussi ce dont beaucoup d’artistes rêvent sans jamais y parvenir : durer sans avoir l’air de survivre à leur propre carrière.

Il ne semble pas monter sur scène pour défendre un musée Hugues Aufray.

Il chante encore parce qu’il aime chanter.

En janvier dernier, interrogé avant un concert, il expliquait d’ailleurs qu’il n’avait jamais vraiment considéré le chant comme un métier pesant : chanter, jouer de la guitare et monter sur scène restent pour lui des plaisirs.

À 97 ans, il repart encore sur les routes avec sa tournée Escapada !. Son site officiel annonce toujours des concerts jusqu’à la fin de l’année 2026.

Mieux encore : il continue de toucher à son propre répertoire.

Le Petit Âne gris date de 1968. Cinquante-huit ans plus tard, Hugues Aufray vient d’en écrire un nouveau couplet afin d’en modifier la conclusion, après qu’un prêtre lui eut fait remarquer que la fin originale faisait pleurer les enfants.

Il faut s’arrêter une seconde sur cette scène.

Un homme de 97 ans reprend une chanson qu’il interprète depuis plus d’un demi-siècle et se dit : tiens, je pourrais encore l’améliorer.

Voilà peut-être la jeunesse.

Pas l’absence de rides. Pas le fantasme publicitaire consistant à vouloir paraître trente ans de moins. La jeunesse comme capacité à considérer que quelque chose peut encore commencer demain.

Car Hugues Aufray a encore une idée en tête : créer une petite école pour les enfants et y faire notamment apprendre le ukulélé plutôt que l’éternelle flûte scolaire.

À 97 ans.

C’est presque cela qui est le plus beau.

Parce qu’à cet âge, notre société vous autorise généralement deux activités : raconter le passé et attendre poliment la suite.

Lui fait des projets.

Et puis il existe chez Hugues Aufray un autre paradoxe délicieux. L’homme possède 70 ans de carrière, des chansons connues par plusieurs générations, continue de remplir des salles et vient d’être élevé au rang de commandeur de l’ordre national du Mérite. Et que répond-il lorsqu’on lui demande comment il juge sa carrière ?

« C’est un échec. »

Pourquoi ?

Parce qu’au fond, il voulait être peintre et sculpteur.

Il a pratiqué la sculpture lorsqu’il en a eu les moyens, mais conserve cette impression amusée d’être passé à côté de sa vocation première.

Il faut avoir sacrément réussi sa vie pour pouvoir regarder 70 années de succès et déclarer tranquillement que tout cela était presque un plan B.

Mais cette phrase dit également quelque chose de précieux sur la réussite.

Nous avons progressivement transformé la vie artistique en tableau Excel : nombre de ventes, streams, vues, abonnés, récompenses, passages télévisés, tendances Google. On mesure tellement la réussite que l’on finit parfois par oublier la question essentielle : est-ce que celui qui réussit ainsi est heureux de ce qu’il fait ?

Chez Aufray, le sentiment qui domine est celui d’un homme qui continue à avoir envie.

Et c’est immense.

L’histoire de la musique est remplie d’artistes qui ont connu des sommets gigantesques et vécu leur propre déclin comme une humiliation. La célébrité peut devenir une prison particulièrement cruelle : après avoir été numéro un, tout ressemble à une descente.

Hugues Aufray semble avoir échappé à ce piège parce qu’il n’a précisément jamais construit son existence autour de la nécessité d’être numéro un.

Il fallait chanter.

Alors il chantait.

Il fallait partir sur les routes.

Alors il partait.

Et soixante-dix ans après, il chante toujours.

Ses chansons elles-mêmes possèdent quelque chose qui explique leur résistance au temps. Elles parlent de bateaux, de chevaux, d’enfance, d’amitié, de départs, de voyages, de professeurs que l’on quitte, d’amours et de liberté. Des sujets qui vieillissent beaucoup moins vite qu’un gimmick à la mode.

Un enfant peut encore chanter Santiano sans avoir la moindre idée de l’année où la chanson a été enregistrée.

C’est peut-être cela, finalement, devenir un classique.

À 97 ans, Hugues Aufray nous offre donc une formidable leçon de vie sans même prétendre nous en donner une.

On peut être un artiste populaire sans passer sa vie à rechercher la lumière.

On peut vieillir sans devenir uniquement le gardien nostalgique de sa propre jeunesse.

On peut connaître le succès sans en faire l’unique mesure de son existence.

On peut aimer, créer, jouer, apprendre et commencer encore des choses alors que presque un siècle s’est écoulé depuis votre naissance.

Et surtout, on peut durer sans courir derrière son époque.

Dans un monde artistique devenu obsédé par l’instant, les tendances et le fameux « buzz », Hugues Aufray propose presque malgré lui une stratégie révolutionnaire : faire ce que l’on aime suffisamment longtemps pour que les modes finissent par passer devant vous plusieurs fois.

À 97 ans, Hugues Aufray n’est donc pas revenu à la mode.

Il a fait beaucoup mieux.

Il ne l’a jamais quittée, puisqu’il n’y était jamais entré.

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