*Infos du Monde* reste l’un des objets les plus curieux de l’histoire récente de la presse française. Créé autour de Stéphane de Rosnay et Daniel Filipacchi, avec notamment Alain Kruger associé à la genèse du projet, le titre s’inspire directement du spectaculaire *Weekly World News* américain, célèbre pour ses extraterrestres, ses monstres et ses phénomènes paranormaux. Le principe français sera cependant différent sur un point essentiel : pousser suffisamment loin l’absurde pour transformer le tabloïd sensationnaliste en machine comique.
L’idée était formidablement simple. Prendre tous les codes graphiques et rédactionnels de la presse populaire la plus sérieuse — gros titres, photographies supposément exclusives, témoignages, révélations, experts, faits divers — et les mettre au service d’informations entièrement inventées. Pas quelques brèves humoristiques perdues au milieu d’un vrai journal. Non. Tout était faux. Et tout était traité avec le plus grand sérieux.
C’est précisément ce qui faisait fonctionner la plaisanterie.
*Infos du Monde* n’avait pas l’apparence d’un journal humoristique classique. Il ressemblait au journal qu’on aurait trouvé dans une station-service après qu’un extraterrestre eut pris le contrôle de l’imprimerie. Seize pages, une maquette agressive, des titres énormes, des photographies retouchées parfois délicieusement grossières et un prix très populaire : quatre francs. Il sortait le mercredi.
Les couvertures sont devenues légendaires : « L’enfant chauve-souris », « Mon fils s’appelle Castorama », « Le fils secret d’Elvis vit à Nice », « Des cannibales se font dévorer par des missionnaires », « Cette poule pond des œufs durs »… Le génie était moins dans l’invraisemblance des histoires que dans la manière absolument imperturbable de les raconter.
Tout était possible puisque le journal avait décidé que la réalité n’était plus une contrainte.
Ce ton créait une zone merveilleusement inconfortable entre crédulité et second degré. Stéphane de Rosnay racontera d’ailleurs plus tard que l’intérêt de l’expérience résidait notamment dans cette ambiguïté : certaines personnes croyaient réellement ce qu’elles lisaient. Le *Monde* évoquera rétrospectivement environ 200 000 exemplaires vendus chaque semaine lors de la période de succès ; une étude publiée en 1995 indiquait pour sa part un lancement atteignant 240 000 exemplaires en mai 1994.
Pour un journal aussi invraisemblable, ce n’était plus une plaisanterie confidentielle mais un véritable phénomène de kiosque.
